Valérie Linder, Petite chronique adolescente
La poésie Valérie Linder possède un charme fou : à l’exercice de style elle préfère la simplicité minimaliste, ce qui est, à n’en pas douter, bien plus difficile. L’auteure « contrarie » le lyrisme : paradoxalement, il s’en trouve rehaussé en ce qui tient d’une sorte de « gestalt » – poésie réduite à de simples faits et gestes. Une telle acrobatie dans l’art, sinon de la disparition du moins de l’euphémisme, morcelle le réel et permet de faire des mises au point sur une zone souhaitée afin de mettre en valeur ce qui s’y passe.
A la manière d’un archéologue, Valérie Linder accumule des traces de vie d’un présent tombé tout juste dans le passé, rassemble des sensations d’expériences vécues sans que pour autant l’auteur en exprime les secousses et les ondes.
De type empirique, une telle poésie évoque le corps en éveil de ses émois, sa féminité voire sa sensualité en gestation là où la part belle est laissée à la fragilité et la tendresse. Condensé d’indices, le livre offre dans son unité des instantanés. Valérie Linder semble se laisse aller à des expérimentations corporelles qu’elle morcelle, fractionne. Mais rien d’exhibitionniste dans de tels segments versifiés.
L’auteure n’aime pas patauger dans l’exubérance de la chair. Elle coupe, tranche net. Au lecteur de savoir ce qui demeure en suspens et rend plus pertinent les mystères et découvertes de l’adolescence.
jean-paul gavard-perret
Valérie Linder, Petite chronique adolescente, Editions Potentille, Varennes-Vauzelle, 2017 – 6,50 €.
