Valérie Jouve au Petit Palais (exposition)

Valérie Jouve au Petit Palais (exposition)

Valérie Jouve : délocalisations

Au début du XXe siècle, le Petit Palais, jusqu’en 1914, achetait au Salon des œuvres d’artistes vivants pour constituer sa jeune collection. Pour renouer le fil avec la création contemporaine, le musée a invité, chaque année depuis quatre ans, un artiste d’aujourd’hui à dialoguer avec son fonds ancien. Valérie Jouve relève le défi avec 50 œuvres présentées au sein des collections permanentes.
L’artiste dans son travail photographique et vidéographique cherche à présenter « l’intensité du vivant » à travers divers lieux ou situations problématiques. Et dans cette exposition, les œuvres de la créatrice soulignent des aspects méconnus des collections avec lesquelles elle dialogue par ses propres prises qui définissent des attitudes de résistance souvent au sein de paysages marqués par l’histoire (frontière entre les territoires palestiniens et Israël par exemple).

A travers ses séries « Les Personnages », « Les Façades », « Les Situations », il s’agit de repenser le monde au sein d’une approche plurielle qui transforme les œuvres du passé par des présences charnelles où la femme et son statut se découvrent selon une nouvelle donne qui va à l’encontre de sa figuration classique. La femme n’est ni objet de fantasme, ni objet d’ornementation mais s’élève au rang de sujet tourmenté, fragile et révolté. Dans des espaces urbains souvent vides, dépouillés sa seule présence est un combat où elle fait souvent figure de victime mais où parfois une image du désir s’entrevoit. Le corps y devient lieu de l’âme.
Existe là une profondeur de champ dans ce qui tient d’un théâtre où le silence est représenté. L’artiste montre ainsi quelque chose qui se tait. Chaque grand format pose bien des questions sur l’identité et l’appartenance.

Valérie Jouve n’imite pas l’espace qu’elle cadre : elle produit son lieu, sa fable par un travail au sein de lieux architecturaux verticaux mais bouchés qui dévoilent une dévastation. Cette délocalisation ne veut pas dire absence mais déplacement des existants. Un »subjectile » apparaît au sein de paysages qui perdent toute neutralité. C’est même de lui que tout surgit.
Nous sommes ainsi portés au cœur des processus d’empreintes et de retrait des choses et des événements pour nous forcer à une confrontation entre les œuvres d’hier et celle de l’artiste comme entre ce qu’une certaine idéologie propose et les contre-feux que Valerie Jouve lui oppose.

jean-paul gavard-perret

Valérie Jouve, exposition, Petit Palais, Musée des Beaux Arts de la Ville de Paris, du 13 octobre 2018 au 13 janvier 2019.

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