Une année sans été (Catherine Anne/Joël Pommerat)
Un tableau léger, impressionniste, suggestif
Des bruits de machine à écrire, la lumière découvre des dactylographes de dos, affairées. On est dans une petite entreprise familiale. On apprend qu’il s’agit de partir, pour l’un ou l’autre des protagonistes des scènes présentées. Celles-ci constituent des tranches de vie qui se suivent sans en avoir l’air, produisant peu à peu une histoire. Sa trame conjugue les thèmes du départ, de l’exil, de l’écriture et de la quête de soi, dans une intemporalité ancienne, comme située dans un suspens du temps. Les personnages surgissent subitement, expriment leurs sentiments de façon à la fois directe et réservée. Une utilisation minimale, mais efficace de la lumière blanche, un accompagnement musical sporadique, mais prégnant et décisif. La tension du propos se résout finalement dans une mise en perspective historique.
On assiste à un tableau léger, impressionniste, suggestif. Il présente une jolie histoire, toute en ellipses, montrant des alliances passagères, des affections durables, des pesanteurs impondérables. La représentation est agréable et porte son public ; bien que ce conte conserve un parfum d’inaccompli, et ne parvienne pas à constituer une fable aussi édifiante que celle qu’a pu écrire et produire Joël Pommerat ces dernières années. Une intéressante tentative dans laquelle on pourra découvrir le créateur de spectacles mais où il ne saurait apparaître à son meilleur. Le coup d’essai de l’auteur en tant que « simple » metteur en scène est donc évidemment réussi mais ne porte pas sur son œuvre une lumière nouvelle ; elle semble en confirmer par anticipation les tendances ; son intervention éclaire la pièce de Catherine Anne sans la magnifier.
christophe giolito
Une année sans été
de Catherine Anne
Mise en scène Joël Pommerat
Photo : Une année sans été @ Elizabeth Carecchio
avec Carole Labouze, Franck Laisné, Laure Lefort, Rodolphe Martin, Garance Rivoal
Scénographie, lumière : Eric Soyer ; assistant lumière : Renaud Fouquet ; responsable construction : À travers Champs – Thomas Ramon ; création costumes et accessoires : Isabelle Deffin ; musique originale : Antonin Leymarie ; son : François Leymarie ; recherche sonore : Yann Priest ; assistante mise en scène et coach en allemand : Bettina Kühlke ; dramaturgie :Marion Boudier ; collaboration artistique : Saadia Bentaïeb, Philippe Carbonneaux, Marie Piemontese ; direction technique :Emmanuel Abate ; régie lumière : Renaud Fouquet ; régie son : Yann Priest ; régie plateau : Lorenzo Graouer, Sylvain Caillat.
Au théâtre de l’Odéon – Ateliers Berthier, 1, rue André-Suarès (XVIIe). Tél.: 01 44 85 40 40. Horaires: 20 h mar. au sam. et 15 h dim. Du 4 avril au 4 mai. Durée: 1 h 10.
http://www.theatre-odeon.eu/fr/2013-2014/spectacles/une-annee-sans-ete
Création le 8 janvier 2014 à l’Hippodrome –Scène nationale de Douai.
Production : Compagnie Louis Brouillard
Coproduction : Théâtre National de Bruxelles, Odéon – Théâtre de L’Europe, Les Théâtres de la Ville de Luxembourg, CNCDC-Centre National de création et de diffusions culturelles de Châteauvallon, L’Hippodrome – Scène nationale de Douai, Saint-Valéry en Caux – Le Rayon Vert, Théâtre d’Arles – Scène conventionnée pour des écritures d’aujourd’hui.
Une année sans été a bénéficié de résidences de création à la maison des métallos, au T2G – Centre Dramatique National de Gennevilliers et au Théâtre Paris-Villette.
La Compagnie Louis Brouillard reçoit le soutien du Ministère de la Culture/Drac Ile-de-France et de la Région Ile-de-France. Joël Pommerat est artiste associé au Théâtre National de Bruxelles.
Le texte de Catherine Anne est publié aux Éditions Actes Sud-papiers (1999).
