Troïlus et Cressida (Shakespeare/Jean-Yves Ruf)
Une belle entrée au répertoire d’une pièce ingrate et revêche, qui eût sans doute mérité un plus grand investissement scénographique
La scène s’ouvre sur des gradins, où siègent deux hommes. Le plus grand entonne le prologue qui installe le propos durant le siège de Troie par les Grecs. Il s’agit de restituer les rapports entre les états-majors de façon plaisante, voire paillarde. Pendard, oncle de Cressida, joue le rôle d’entremetteur de Troïlus auprès de sa nièce. Celle-ci, pour soumettre son amant à la loi du désir, est résolue à ne rien montrer de son amour. C’est l’occasion pour son mentor de montrer toute sa verve facétieuse. Mais il s’agit surtout de conciliabules, de conseils de guerre entre Troyens, qui se demandent si le combat est justifié, entre Hellènes, qui cherchent à mobiliser le réfractaire Achille. Le propos est souvent chantourné et peu dynamique, en dépit des pitreries qui sont censées l’agrémenter. Mais les acteurs sont convaincants.
La mise en scène est sobre, elle fait intervenir des éléments sommaires de décor : campement, gradins, voilures, paravent. Des esquisses de bagarres essaient de rendre plus vivants les dialogues. L’échange de Cressida contre un Troyen prisonnier est l’occasion de la séparation des amants qui se jurent fidélité avec force serments. Les combats, la traîtrise d’Achille, la variation des registres rendent plus prenante l’action. A terme, les bouffons tiennent la scène, pour un épilogue ironique.
Une belle entrée au répertoire d’une pièce ingrate et revêche, qui eût sans doute mérité un plus grand investissement scénographique. Une mise en scène plus contrastée lui aurait vraisemblablement permis d’être mieux valorisée dans la diversité de ses aspects.
christophe giolito
Troïlus et Cressida
De William Shakespeare
Mise en scène : Jean-Yves Ruf
Avec Yves Gasc, Michel Favory, Éric Ruf, Bruno Raffaelli ou Laurent Natrella, Michel Vuillermoz, Christian Gonon, Loïc Corbery, Stéphane Varupenne, Gilles David, Georgia Scalliet, Jérémy Lopez, Louis Arene ou Benjamin Lavernhe, Sébastien Pouderoux, Akli Menni
Texte français d’André Markowicz
Scénographie : Eric Ruf
Costumes : Claudia Jenatsch
Lumières : Christian Dubet
Son : Jean-Damien Ratel
Maquillages et Coiffures : Cécile Kretschmar
Assistante à la mise en scène : Anaïs de Courson
Assistante à la scénographie : Dominique Schmitt
Assistante aux maquillages : Fatira Tamoune
Élèves-comédiens de la Comédie-Française : Carine Goron, Laurent Cogez, Lucas Hérault, Blaise Pettebone, Nelly Pulicani et Maxime Taffanel
Durée : 3h05 avec entracte
Du 26 janvier au 5 mai 2013, Comédie-Française
Salle Richelieu Place Colette Paris 75001
http://www.comedie-francaise.fr
Le texte de la pièce est paru en 2013 aux éditions Les solitaires intempestifs :
