Bernard Chambaz, Portugal

Bernard Chambaz, Portugal

Récit de voyages placé sous l’ombre tutélaire de Jean Giraudoux

Ce récit de voyage est placé sous le signe des hommages littéraires, et à l’ombre tutélaire de Jean Giraudoux, auteur d’un ouvrage portant le même titre. Bernard Chambaz nous entraîne dans un parcours flâneur, rêveur, parfois mélancolique, mais le plus souvent empreint d’humour, non seulement à travers l’incontournable Lisbonne (où Giraudoux séjourna en août 1940), mais aussi en des lieux moins familiers aux amateurs de ce genre de lectures, dont chacun lui permet d’évoquer une facette du pays, un moment de son histoire ou un aperçu des usages locaux.
On apprécie tout particulièrement les observations insolites comme celle-ci, faite à Miranda : “Quand nous entrons dans la cathédrale, la nef est déjà pleine, et un boucan extravagant y règne. […] A n’en pas douter, la foi s’accommode ici d’une attention flottante, et les conversations vont bon train. La foule n’en respecte pas moins les temps forts du service. Et quand tous les fidèles se signent, on dirait une petite houle.“ (p. 20) Chambaz a l’œil pour les faits à la fois cocasses et révélateurs, qu’il s’agisse de mœurs ou de monuments historiques : “La fenêtre de Tomar est “célébrissime“. On a un peu honte de n’en avoir jamais entendu parler. Elle est partout, cette fenêtre, en cartes postales et en livres, en azulejos à 5 euros pièce et en tee-shirts à peine plus chers. Elle résume à elle seule la splendeur nationale, elle nourrit les réflexions sur la naissance du baroque“ (pp. 85-86), et si vous croyez que sa description s’achève là, vous vous trompez ! Chambaz sait développer au possible sur pas grand-chose, au grand divertissement du lecteur.

On savoure aussi sa façon de nous instruire sur Spinoza qu’on édite, au Portugal, sous le prénom de “Bento“, celui qu’il portait enfant : “A l’évidence, Bento est une gloire nationale sans avoir jamais mis un pied ici, ni même en dehors des Pays-Bas, bien qu’il ait été mis à l’Index par les jésuites et qu’il ait déplu aux émules du docteur Salazar.“ (p. 119) L’auteur rend hommage à sa façon à d’autres hommes célèbres, dont le roi Philippe, Fernando Pessoa, Miguel Torga, José Saramago et Manoel de Oliveira. Bizarrement, Agustina Bessa-Luis est absente de son panthéon portugais, et l’on se demande si ce serait parce qu’elle n’est pas un homme, parce qu’elle n’a pas reçu le prix Nobel ou parce qu’on ne saurait faire son éloge à une fête de l’Humanité (ce que Chambaz a fait pour Saramago).
Je profite donc de l’occasion pour conseiller au lecteur qui ne la connaîtrait pas ses romans, aussi originaux que magistraux, dont plusieurs ont été portés à l’écran par Oliveira – à lire avant ou après le charmant récit de voyage de Bernard Chambaz.

agathe de lastyns

Bernard Chambaz, Portugal, François Bourin, mai 2013, 147 p.- 18,00 €

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