Tim lott, Les Secrets amoureux d’un Don Juan
A 45 ans, Danny se lance dans une minutieuse introspection afin de mieux comprendre ses échecs amoureux
Le temps du bilan est venu pour Danny Savage, 45 ans. En plein milieu d’un douloureux divorce, ce père d’une petite fille de 6 ans entreprend une véritable introspection. Publicitaire sur le déclin, il remonte le fil de sa vie et revient sur ses rapports avec ses parents, ses premiers ébats sexuels, son mariage, ses ruptures… pour ainsi comprendre ses échecs amoureux successifs. Il examine à la loupe les différentes étapes de son existence, espérant trouver les clés pour enfin réussir une relation amoureuse – mais en y en a-t-il vraiment ? Une aventure introspective qu’il élabore minutieusement :
Je souhaite rassembler des indices, les passer au tamis, les trier, les analyser, et en tirer des conclusions solides qui pourront être extrapolées dans la vie active.
Le recours à la première personne permet au lecteur d’entrer totalement dans l’esprit analytique et lucide du personnage narrateur, dans les méandres de son passé, de son présent. Même s’il a le cœur abîmé, Danny souhaite pouvoir aimer à nouveau. Il passe en revue ses expériences passées, celles de ses amis avec toujours un peu d’amertume et surtout un peu trop de fatalisme.
Quand on grandit, les sentiments rapetissent… tel est l’aboutissement de notre vie : une irrésistible diminution d’échelle.
On s’attache pourtant au fil des pages à ce loser en mal d’amour qui ironise sur ses « secrets amoureux d’un Don Juan ». Il apparaît alors comme un anti-héros du quotidien, un homme ordinaire avec ses blessures et ses échecs. Tim Lott, écrivain britannique en pleine ascension, décrypte dans ce troisième roman, avec une étonnante justesse, la psychologie des hommes, des femmes et cette éternelle incompréhension entre les deux sexes. Mais l’auteur a succombé à quelques clichés, et c’est dommage.
Que l’amour est compliqué pour Danny, surnommé « Spike » par ses meilleurs amis Carol et Martin, des amis qui ne réussissent guère mieux leur vie affective.
Maintenir une relation dont on n’a pas envie est aussi désastreux que de coucher toutes les nuits avec son voisin de palier. C’est de la mauvaise foi, de la tricherie.
Le narrateur ne mâche pas ses mots lorsqu’il parle de sentiments, il n’hésite pas à être cruel – « l’âme de la vengeance est féminine. » – mais cache derrière cette acrimonie une belle sensibilité dénuée de niaiserie. Les femmes en prennent pour leur grade, les remarques désabusées ne manquent pas :
Après tout ce qu’elles m’ont fait subir… après tout l’espace mental absorbé, tous les chagrins et les chaos.
Rien de misogyne pourtant : cet écorché vif critique les femmes mais leur reconnaît de nombreuses qualités. Danny est au bord de la dépression ; son ex femme lui fait payer la rupture. Ils se sont séparés sur un malentendu : « M’aime-t-il, m’aime-t-elle encore ? » Des interrogations décidément universelles. Quadragénaire comme son narrateur, Tim Lott a de même vécu un divorce difficile ; divorce qui avait déjà semble-t-il laissé des traces littéraires puisque sujet d’un texte publié dans une revue en 1998 : What young men do.
On ne peut s’empêcher de se demander jusqu’où va le mimétisme… L’auteur use sans abuser de l’autodérision – une forme d’humour que manient avec brio les écrivains brittaniques comme ses compatriotes David Lodge et Nick Hornby. Le roman de Tim Lott n’est pas d’une grande originalité, le style est sobre, pur, sans extravagances narratives. Une simplicité à l’image de son personnage, un monsieur-tout-le-monde dans lequel tout lecteur, homme ou femme, se reconnaîtra forcément.
a.-l. de rohan
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Tim lott, Les Secrets amoureux d’un Don Juan (traduit par Annick Le Goyat), Belfond, février 2005, 307 p. – 19,50 €. |
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