Sylvie Baron, Le cercle des derniers libraires – t.02 : « La librairie de tante Emma »
Quand la littérature génère des excès…
D’abord aux Éditions De Borée en 2018, puis chez J’ai lu en 2020, Sylvie Baron propose un récit mettant en scène Emma, une jeune libraire de Saint-Flour, aux prises avec la concurrence déloyale d’Amazon. En réaction, elle constitue avec quelques libraires indépendants de la région Le cercle des derniers libraires. Un journaliste sportif est amené à enquêter sur la mort de trois libraires du cercle. L’affaire est résolue et se termine, entre autres, par le mariage d’Emma et du journaliste.
Ce second volet débute quelques années plus tard. Emma veut accompagner son époux pendant une mission journalistique d’un trimestre aux Antilles. Elle propose à sa nièce, Miranda, de 22 ans, de venir tenir la boutique pendant son absence. Celle-ci, depuis deux ans, est supposée faire office de secrétaire, d’intendante, auprès de son père, un expert médiéviste. Elle rêve d’aventures trépidantes. Aussi, la proposition de sa tante tombe à pic.
Elle se rend à Saint-Flour pour s’imprégner de ses tâches. Elle n’est pas satisfaite d’apprendre qu’elle sera secondée par un libraire itinérant, Frédéric Caudebec. De plus celui-ci exige d’être logé dans l’appartement de sa tante.
Pour voir ce à quoi il ressemble, elle va guetter son arrivée à la gare. Elle est alors témoin d’un accident, un homme sortant des quais est fauché mortellement par une voiture. Le conducteur s’enfuit. Un individu, se présentant comme médecin, ne peut que constater le décès. Or, son attitude interpelle Miranda sans qu’elle puisse définir pourquoi.
Et ce même individu arrive à la librairie, se présentant comme Caudebec. Mais, très vite, elle subodore une supercherie et force l’homme à lui avouer la vérité. Il s’appelle Rafael Batesti et c’est Caudebec qui a été tué. Miranda ne se doute pas alors, qu’elle va vivre une aventure bien dangereuse autour de poèmes de Rimbaud…
La passion pour la littérature, pour la possession de documents, d’œuvres exceptionnelles, animent des amateurs exigeants. Ceux-ci veulent posséder des originaux de romans, de poèmes. Quel bonheur de pouvoir regarder le feuillet sur lequel un illustre poète a rédigé une œuvre réputée. C’est avec cette idée que Sylvie Baron installe sa nouvelle intrigue à partir de la librairie des Livres penseurs d’Emma. Elle intègre la fameux Cahier Labarrière, une de ces légendes, de manuscrits fantômes, en l’occurrence ceux d’Arthur Rimbaud.
En faisant une belle description de la région de Saint-Flour, l’auteure donne un hymne aux livres, à la lecture, à la littérature et aux libraires. Elle décrit moins le milieu des collectionneurs que celui de ceux qui travaillent pour eux, qui traquent ces introuvables, qui mettent dans leurs recherches une certaine violence car les gains peuvent être conséquents. Elle s’autorise des apartés et taille, par exemple, un costume aux experts, à ceux qui se présentent comme tels.
Elle construit son histoire sur deux personnages principaux qui vont s’affronter, ayant des objectifs différents. Miranda est une jeune femme dont l’enfance n’a pas été très drôle, qui rêve d’aventures, de mettre du piment dans son existence insipide. Elle est déterminée et prête à suivre son instinct, son goût pour l’action, même si cela la mène à des situations tendues.
Rafael a déjà beaucoup vécu pour sa trentaine. Il fait de la recherche de ces pièces uniques une activité à temps plein. Et là, il veut mettre la main sur cet objet mythique et semble prêt à tout pour cela.
La romancière livre nombre de détails passionnants sur le poète, son œuvre et les péripéties de sa courte existence.
Avec de nombreux rebondissements, Sylvie Baron déroule un récit très attractif autour des acteurs de la littérature et installe une intrigue forte où des sentiments bafoués occupent une belle place.
serge perraud
Sylvie Baron, Le cercle des derniers libraires – t.02 : La librairie de tante Emma, J’ai lu, avril 2025, 320 p. – 14,90 €.