Sylvie Altenburger, Une belle maison
La maison des êtres
Une suite des drames de la vie tisse la narration d’une héroïne. Elle rappelle qui elle fut enfant mais, au fil des pages, le récit passe du passé antérieur à un présent à peine postérieur eu égard aux morts de sa mère et de son père. Tout se joue dans une belle maison ni trop ancienne ni trop moderne où se déroule une histoire de famille.
Quoique situé dans le bordelais, ce roman reste moins mauriacien que typiquement altenburgien, mais dans deux univers bourgeois où tout est marqué par le tu, le caché, la douleur muette, les résignations intimistes – en particulier (et surtout) celui des femmes et mères dont les désirs aux couleurs passées s’enterrent selon une permanente rigidité des mœurs et des croyances.
Ici, la mère est certes brillante et cultivée mais érodée par le joug de régie domestique. Celle qui est d’abord enfant puis adulte est la narratrice qui dessine le destin de sa mère blessée par la mélancolie distillée de silences, de gestes décalés témoins d’un possible évacué très vite au nom du sacrifice. Elle a dû abandonner ses études, boit en cachette, vit comme à côté de ses talons jamais trop hauts. Et ce, depuis la perte d’un de son enfant mort très vite. Ce deuil perdure. Des décennies après ce décès, elle se met à coudre des vêtements pour bébé. Cet exemple souligne la puissance de la camarde mais aussi l’absence et une sorte de folie du désir d’inexister.
L’auteure peut même édulcorer orgueil et préjugés dans cette maison. Elle devient l’espace d’une forme de douceur et de cruelles vérités jusqu’à la disparition des parents. Les deux doivent quitter leur maison par coma de la mère et la perte de mémoire du père.
Chacun passait sa vie à un travail honnête, binaire, sans fantaisie. Mais pour Sylvie Altenburger, une telle maison peut être « belle ». Tout compte fait, elle devient même l’horrible symbole de vies parfaites – drame, dérision, salissures diverses, repoussoirs, maladresse et tendresse bancale compris. L’auteure crée un portrait (romanesque ?) de la maison qui rend ici la parole aux femmes muettes. Le tout sans pouvoir être persuadée qu’elles se nourrissent d’images d’un homme pour mieux le fantasmer. Néanmoins, faute de mieux, la narratrice fait parler les murs. Son auteure en dresse le théâtre – preuve qu’une belle maison des êtres finit par devenir déserte.
jean-paul gavard-perret
Sylvie Altenburger, Une belle maison , P.O.L éditeur, 2026, 200 p. – 18,00 €.