Stéphane Fière, La promesse de Shanghai

Stéphane Fière, La promesse de Shanghai

La campagne silencieuse de la province du Shaanxi, le petit matin encore dans la brume, quelque part en Chine, dans cette immensité

La promesse de Shanghai

Stéphane Fière nous fait entrer à pas de géant dans l’univers de la Chine contemporaine, de celle qui œuvre à son développement économique surdimensionné, inhumain. D’entrée, nous sommes happés par la fatalité chinoise, l’univers confiné des hommes et des femmes subissant le joug des fonctionnaires corrompus, de ces idées nouvelles qui, pour se réaliser, les broient sans aucun scrupules.
Q
uelle violence !

Le personnage principal est ici un jeune homme de 20 ans, sorti de sa vie routinière et tranquille, obligé de quitter sa terre, son unique horizon, pour affronter la grande ville, la mégalopole de Shanghai. Il ne se révolte pas, non, il poursuit son chemin comme celui d’un destin inéluctable. Il devient alors un ming-gong, un de ces ouvriers de grand chantier, exploité et corvéable à merci, mais vivant, et survivant à la détresse et au néant. Oui, cet homme ne possède rien, si ce n’est son histoire familiale. La seule chose à laquelle il puisse se raccrocher, la seule chose qui lui appartienne pour toujours. L’écriture ici, est claire, descriptive, à la première personne, et nous entrons dans sa peau, dans sa chair épuisée de faim et de fatigue.

Le lecteur est en apnée. Ces deux hommes s’arrachent à leur sort misérable, lentement, obstinément, avec l’énergie d’un désespoir qui ne se dit pas. Et pourtant, à le suivre, jour après jour semble se dessiner un peu de réconfort. Sa situation s’améliore-t-elle ? Ce n’est pas certain.

Stéphane Fière incarne autant que nous, son personnage et nous emmène dans une suite de péripéties terrifiantes. L’ambiance de ce livre est comme un labyrinthe dont on ne pourrait se sortir. Les évènements, même les plus anodins, s’enchaînent pour créer ce sort qui est le sien, celui de la misère absolue. Pourtant, le héros est si naïf, si plein de cette sorte d’espoir tranquille, de cette forme d’acceptation passive, que nous nous mettons à croire qu’il porte en lui la force et le courage suffisants pour échapper à son destin et qu’il nous faut nous évertuer, en le lisant, à vouloir le pousser vers davantage de réactivité. Nous, Occidentaux, habitués à nos croyances, persuadés de la permanence de nos libertés, accoudés à nos petites sécurités confortables, nous sommes alors confrontés à une vie qui nous semble impossible tant elle est cruelle.

Les rencontres, les amours et même les amitiés nouvelles nous ressemblent pourtant. Ce jeune homme n’aura malgré tout guère de véritable choix et sa rencontre avec Aiguo, sera elle aussi entachée de sombres prémonitions Jusqu’au bout il voudra croire à une vie meilleure et la révélation de son véritable sort n’en sera que plus douloureuse. La promesse de Shanghai est le premier roman de Stéphane Fière, écrit au jour le jour, durant plus d’un an. Son écriture est fournie, chantante, avec un sens de l’humour très chinois ! Son personnage est possédé par la propre personnalité de l’auteur qui vit en Chine depuis près de vingt ans. C’est donc avec maestria qu’il nous offre ce premier livre, ce premier personnage d’une possible trilogie.

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karol letourneux

   
 

Stéphane Fière, La promesse de Shanghai, Éditions bleu de Chine, février 2006, 333 p. – 19,00 €.

 
     

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