Stefan Heym, Les Architectes

Stefan Heym, Les Architectes

RDA, années 50. A partir d’un concours d’architecture se déploient, en un étroit maillage, interrogations personnelles et idéologiques

Les années cinquante, en RDA. Julia et Arnold Sundstrom préparent ensemble un concours d’architecture : il s’agit d’établir les plans du prolongement d’une avenue, la bien nommée « rue de la Paix-dans-le-monde ». Le retour inattendu de Daniel Tieck, un ancien ami d’Arnold, absent car il a passé de nombreuses années dans un camp sibérien, entraîne le couple dans une confrontation muette faite d’interrogations quant à l’authenticité de leur projet et la justesse de leurs convictions, aussi bien dans leur travail que dans leur relation personnelle. Daniel Tieck semble menacer l’harmonie du couple lentement construite par Arnold. Va-t-il dévoiler un passé douteux ? Est-il un meilleur architecte que lui ? La personnalité d’Arnold se révèle petit à petit : manipulateur, intéressé, il ne serait qu’un fonctionnaire avide de pouvoir et prêt à tout pour le garder, et non ce prétendu grand architecte communiste fourmillant d’idées nouvelles au service du peuple. Daniel instillera également, mine de rien, le doute dans l’esprit de Julia. Personnage discret, apparemment soumise à son mari, elle apprécie la douce chaleur des fourrures et le confort de sa luxueuse maison. Cependant, contrairement à Arnold, elle est « née » communiste, et semble intimement convaincue du bien fondé de tout ce qu’entreprend le régime, que représente son mari. Sera-t-elle capable de remettre en cause ce qui la constitue comme individu ? En face de la « réalité », son idéal va peu à peu se ternir : rien ne sera plus évident dans son monde.

Le roman retrace les errances et les doutes de la jeune femme face à un Arnold prêt à tout pour rester maître des autres et de lui-même. Une interrogation sur la vérité et la révolte se dessine au long de ces 470 pages. Le roman se déroule en 1956, année du XXe congrès du Parti communiste, qui marque un premier pas vers la déstalinisation : le mythe commence à s’effriter, un rapport mystérieux circule. Les personnages commencent alors à douter : 
Qu’ils l’attendent, la chute du chef. Jusqu’à ce que l’enfer s’éteigne. Ce n’est pas parce qu’on a dépouillé Staline de son costume que nous autres, nous devons nous promener tout nus !…
Le parcours de ces êtres, Julia, Arnold, Daniel et de nombreux ingénieurs du chantier, se déploient autour de leur métier d’architecte. Architecture et politique, ces deux thèmes s’emmêlent : la rue de Paix-dans-le-monde est conçue pour le peuple, à la gloire du Parti.

On apprend dans la préface que Stefan Heym, de son vrai nom Helmut Flieg, aurait au l’idée de son roman suite à une grève d’ouvriers berlinois, manifestant pour de meilleures conditions de travail, durement réprimée par l’armée soviétique. En 1933, l’auteur quitte l’Allemagne nazie. Il participe ensuite au débarquement en Normandie, du côté des Américains. Fuyant le maccarthysme, il revient en RDA, tout en se définissant comme un « marxiste critique ». De la même façon, les personnages positifs de son roman (Julia, Daniel) ne rejettent pas le communisme : ils prennent conscience de ses limites et cherchent malgré tout à construire quelque chose.

Le ton quelque peu didactique du roman et sa lente progression linéaire peuvent parfois décourager la poursuite de la lecture. Dommage, un peu d’idéal peut faire du bien…

m. piton

   
 

Stefan Heym, Les Architectes (traduit de l’allemand par Cécile Wajsbrot), Zulma, février 2008, 496 p. – 22,00 €.

 
     
 

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