Sous un ciel de harpies
Un beau roman de science-fiction qui évoque le thème de l’esclavage des enfants
Un futur pas si lointain…
Une planète peu accueillante…
Des enfants tenus en esclavage et qui paient les erreurs de leurs aînés…
Un grand souffle de liberté…
Voilà les éléments clefs du nouveau roman de Frédérique Lorient, une des découvertes de la collection « Autres mondes ».
Sur la planète Zol sont déportés les enfants des familles qui se sont endettées sur Terre. Quand la dette est trop lourde, les enfants doivent rembourser. Ils effectuent alors des travaux forcés dans les mines de diamalites, des pierres à la valeur marchande importante.
Kaël, nouveau venu dans les mines, va connaître lui aussi les coups de matraque électrique de ses geôliers, et les attaques des Harpies – des sortes de chauve-souris géantes que la découverte de diamalites rend enragées – qu’il lui faut à tout prix éviter. En sauvant un des gardiens, Kaël accède au statut de surveillant, et cette fois se retrouve prisonnier… de ses contradictions. L’arrivée d’une nouvelle prisonnière, Kelly, va-t-elle réveiller en lui le désir de liberté ?
Après Danseurs de lumière, qui fut salué par la critique, Frédérique Lorient signe un nouveau livre chez Mango jeunesse. Elle se tire plutôt bien de cette incursion dans la science-fiction, à quoi peu de femmes, même de nos jours, se risquent. Elle sait solliciter l’imaginaire du lecteur avec habileté et l’entraîne cette fois sur une planète loin d’être féérique. On y rencontre des entités extraterrestres aux intentions belliqueuses, mais on s’aperçoit assez rapidement que les erreurs de l’Homme sont la cause de cette hostilité. L’avidité et l’injustice humaines sont dénoncées page après page.
Comment cautionner en effet cet esclavage futuriste des enfants qui doivent rembourser les dettes de leurs familles, en perdant tout espoir de jouir de leur jeunesse ? Bien que l’auteur dénonce ce travail abusif à travers une œuvre de science-fiction, on ne peut s’empêcher de penser à ces pays où, aujourd’hui, des enfants pauvres sont encore employés, illégalement, comme main d’œuvre bon marché.
Au service de ce thème douloureux, un jeune héros se retrouve en proie au doute, à des contradictions que lui impose la nécessité de survivre. Courage et lâcheté s’affrontent dans le cœur de Kaël qui sera plus d’une fois trahi par des gens qu’il croit aimer. Heureusement, l’amitié tient tout de même sa place dans ce monde carcéral impitoyable, et elle sera la seule source de salut pour le héros qui retrouvera ainsi sa dignité.
Pas de doute, Sous un ciel de harpies est à même de susciter l’intérêt du jeune public, qui dévorera rapidement ce roman assez court – peut-être trop court…
franck boussard
Frédérique Lorient, Sous un ciel de harpies, Mango jeunesse coll. « Autres mondes », octobre 2006, 160 p. – 9,00 €.