Sonia Ligorred, Jean Blasco & Will Black Mind, On a marché sur le crâne

Sonia Ligorred, Jean Blasco & Will Black Mind, On a marché sur le crâne

Tintin n’est plus ici

On a marché sur le crâne est la résultante d’un reportage photo réalisé au Musée Testut Latarjet d’anatomie et d’histoire naturelle médicale de Lyon par Jean Blasco et Sonia Ligorred, associé aux textes de Will Black Mind. Ses textes « gothiques » naviguent entre imaginaire et topographie. Les photos restent essentielles à ce corpus. Le noir et blanc en son caractère de cérémonial fait de la boîte crânienne la figure des figures du genre qu’on nomme « vanité » et elle devient le réceptacle où se sont engouffrés – romantisme anglais aidant et avant lui des auteurs de Shakespeare à Holbein – bien des créateurs. Si bien que des Jivaros fétichistes jusqu’à Andy Warhol et bien sûr l’incontournable Damien Hirsch (qui en a fait un objet précieux), le crâne reste le ferment d’une recherche qu’un tel livre ouvre à un regard contemporain – non seulement sur lui mais sur qu’il suscite en tant que starter à la réflexion sociale (crimes envers les femmes entre autres), métaphysique et esthétique.

Par obscuration lente surgit – en particulier dans les photos et le texte de Sonia Ligorred – un pendant de matière à ce que la Médée de Sénèque lançait : « Lorsque le monde sera plus vieux ; un moment viendra où l’Océan déliera les choses ». Ici à mesure que son niveau monte, l’océan est réduit à une flaque. Elle crée néanmoins une tempête dans le crâne. Et Sonia Ligorred, nourrie de William Blake, crée à travers sa manière de saisir le vanité, une descente aux enfers. Elle n’a pas besoin d’inventer d’autres territoires fabuleux pour dire la chute et l’attente, entre le silence et le cri.
Après plusieurs nouvelles publiées aux éditions La Matière noire et une participation en tant qu’auteur au recueil de photographies intitulé Somewhere de Rith Banney, la créatrice prouve sa rigueur.

Dans une poétique de l’effacement, les mots et les images obéissent au presque silence au moment où la docte ignorance du cœur rejoint le lieu de la mentalisation. La poétesse et photographe fait d’un tel « objet » un miroir profond et « sublime, forcément sublime » aurait pu dire Duras (et elle n’aurait pas eu tort). En « repons » au texte de Will Black Mind et en jouxtant les images de Jean Blasco, Sonia Ligorred propose donc un « bestiaire » visuel et phrastique. Son travail procède de la caresse et de la pression avec du temps passé et présent jusqu’à rompre dedans l’œil vide.
Son écriture devient le porte-empreinte des photographies elles-mêmes champs de fouille de destins. Et le livre dans son ensemble permet de visualiser des circonvolutions implicites de paysages intérieurs et d’antan aux empreintes organiques au sein de l’assomption d’un sensible particulier plutôt rare en l’art et la poésie du temps.

Lire notre entretien avec l’auteure et éditrice Sonia Ligorred

jean-paul gavard-perret

Sonia Ligorred, Jean Blasco & Will Black Mind, On a marché sur le crâne, Editions les Occultés, 2015, 64 p. – 19,00 €.

 

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