Sel si
Je deviens plus fragile, je trébuche sur mes syllabes, j’oublie mes mots, mes phrases. Mon corps est moins tendu, fatigué d’avoir bandé pendant autant d’années. Je ralentis d’avoir trop accélérer. Mes mots sont comme des herbes mélangées avec du limon séché amené par les eaux.Je n’ai plus besoin des autres par contradiction et confusion. Je rentre seul dans mon petit appartement médiocre et vide. Nul ne sait si les visiteurs vont arriver ou partir.
D’après leurs mouvements, on ne comprend pas grand chose. Je me dépêche de m’approcher de l’âge tant mon indifférence et mon manque d’implication sont à égalité. À percevoir le monde, je ne sais pas exactement quoi faire. Dehors, sur les escaliers, le courant d’air déplace les feuilles sèches.
L’espace est habité, il a de la densité. Ces feuilles de bronze brisé s’attachent parfois sous mes souliers, l’un après l’autre dans un état d’inconscience. Ils ne savent rien de leur déplacement.
jean-paul gavard-perret
Photo : Robert Frank
