Sangsue pore
(Qu’est un baiser ?)
Primesautier, il lance un baiser mais en oubliant ses lèvres. Reste une sorte d’irrémédiable, de trait sans les moindres boursouflures si bien que voici une sorte de verso ou de recto : les mains et leurs gestes amorcés deviennent la position exemplaire d’une forme de nostalgie. Si bien que l’idée même d’échange s’écrase comme un mégot sous une sandalette.
Entre les jambes de la dépitée potentielle réceptrice surgit le soleil. Il fait le tour de ses dunes tandis que l’étalon les tourne. De l’incendie, il n’y a plus que des corps ininflammables et nul courant pour donner sens à toute soif. Sa bouche n’est qu’une trouée minuscule où s’inscrivent, tant bien que mal, des balbutiements et la bave d’un premier départ traçant. S’en contenant, le moindre feu brûle de son ombre. Elle se confond avec un mur. Il l’absorbe toute crue sans la moindre virgule.
jean-paul gavard-perret
Photo Todd Hido