Salman Rushdie, l’Inde imaginaire

Salman Rushdie, l’Inde imaginaire

Un DVD qui donne envie de relire Rushdie

Outre le documentaire dont le titre a été retenu pour ce DVD, celui-ci contient également deux entretiens avec le romancier – de quoi satisfaire la curiosité que ses lecteurs peuvent avoir pour son parcours, sa façon de travailler et ses idées.
Contrairement à ce que l’intitulé laisse imaginer, dans le documentaire comme dans les entretiens, l’Inde n’occupe pas la place centrale, ou du moins pas constamment : il y est question aussi de l’Angleterre, des Etats-Unis, et – de façon plus générale – des liens entre l’Orient et l’Occident, que Rushdie considère comme inextricables.
Le documentaire fait alterner des images filmées à Bombay (en 2010) avec celles de l’écrivain à Londres et à New York, de façon bien pertinente, puisqu’elles correspondent respectivement à l’univers qui a nourri l’imagination de Rushdie et aux deux villes entre lesquelles se partage sa vie actuelle.

En revisitant Bombay, le romancier explique de façon intéressante ses liens avec la cité de son enfance, devenue depuis dix fois plus grande, et donc peu reconnaissable mais d’autant plus passionnante pour lui. On apprend au passage que même s’il est bien connu dans son pays d’origine, Les Versets sataniques y restent encore interdits à ce jour – fait aussi scandaleux que révélateur quant à l’esprit qui règne sur place.
Par ailleurs, Rushdie lui-même commente de façon très instructive la montée des fanatismes religieux en Inde, en précisant qu’à l’heure actuelle, le plus inquiétant parmi eux n’est pas le musulman.

Comme il était inévitable, la fatwa dont il fut frappé est évoquée à plusieurs reprises et dans le documentaire, et dans les interviews. Le propos le plus révélateur du romancier à ce sujet consiste à dire qu’il avait choisi d’y réagir en continuant d’écrire comme si de rien n’était, sans qu’elle n’influe aucunement sur ses sujets ni sur son style. C’est seulement à une étape très récente qu’il a décidé de tirer un livre de ses années de claustration forcée – mais ce sera un récit autobiographique, pas un roman.

Si le documentaire privilégie la vie de Rushdie, les entretiens sont consacrés surtout à son œuvre. Il y est question de la plupart de ses livres, mais les développements les plus intéressants concernent Les Enfants de minuit et Les Versets sataniques. A propos de celui-ci, le romancier regrette que l’attention collective, y compris celle de la critique, se soit fixée sur le thème de la religion (qui n’y occupe qu’une place très secondaire), alors qu’il s’agit d’un livre sur la migration et sur Londres, affirmation qu’aucun lecteur impartial ne saurait contredire.

En écoutant Rushdie en parler, on a envie de relire ce livre qui reste à ce jour le roman anglo-saxon le plus important sur l’immigration. (Les Versets sataniques sont disponibles en format de poche, chez Pocket. ) Si le thème vous intéresse et que vous êtes en manque de romans français de la même envergure, je vous recommande La Traversée des Alpes de Denitza Bantcheva (éd. du Revif).

agathe de lastyns

Elisa Mantin, Salman Rushdie, l’Inde imaginaire, Arte Editions, mai 2011, DVD, 1h50 .- 20,00 €

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