S.P. Somtow, Mallworld

S.P. Somtow, Mallworld

Cet ensemble de nouvelles s’articule autour d’un gigantesque centre commercial spatial où l’on trouve absolument tout

Mallworld est un ensemble de nouvelles s’articulant autour d’un gigantesque centre commercial spatial éponyme. On y trouve tout, absolument tout. Voilà qui devrait faire le bonheur des humains. Sauf que ces derniers ont été mis en quarantaine par une race supérieure d’extraterrestres en attendant d’atteindre un niveau certain de sagesse et de pouvoir se balader librement dans la galaxie. Seul inconvénient, cette mise à l’écart prive les humains de la vue des étoiles, engendrant mélancolie et désespoir chez eux. Chacun des protagonistes des textes va essayer, à sa façon, de les retrouver ou de s’accommoder de ce manque.

Ce recueil rassemble des textes inégaux. Si « Le vampire de Mallworld » est le plus réussi, les autres pèchent par excès d’optimisme, de sexe, de drogue. En somme, rien de neuf, même quand la folie s’en mêle (« Un air de Mallworld »). Le thème du double obscur n’atteint pas sa pleine mesure et le lecteur reste sur sa faim. C’est ainsi jusqu’au bout de l’ouvrage, même si les poncifs habituels chers à la science-fiction sont au rendez-vous : commercialisation à outrance, technologie ultra-développée et domination d’un peuple par un autre. La question de l’esclavage est ici traitée à la va-vite, comme si tout un chacun pouvait s’y faire en apparence et résister grâce à son jardin secret. On est loin de la qualité de réflexion de La Planète des singes ! En effet, le ton volontairement léger, le comique et le superflu s’entremêlent au détriment des sujets abordés. Ce choix narratif rend la lecture plaisante, voire drôle par moments, je le concède, mais il est regrettable que cela n’aille pas plus loin : les textes en deviennent insipides. Certes, on lit cette compilation avec plaisir, comme un rafraîchissement bienvenu au milieu d’un genre souvent très sérieux mais on n’y cherchera pas autre chose.

Le lecteur ne risque pas d’échauffer ses méninges à force de réfléchir et là, on sent que l’auteur a raté quelque chose, que le ou les messages ne passent pas. Mallworld reste alors dans la catégorie des ouvrages qui n’apportent rien de particulier, sauf un agacement profond. Si on souhaite éviter en partie ce sentiment, on s’abstiendra de lire le discours faisant office de lien entre les nouvelles. Sinon, on rira la première fois, on soupirera la seconde, pour au bout du compte s’énerver devant tant de condescendance et de remarques gratuites. On aura bien du mal à passer outre cette exaspération pour voir dans ces textes une caricature d’événements survenus dans nos sociétés policées. Ce point, ajouté aux autres, rend le tout pénible et montre combien Somtow échoue à vouloir susciter la réflexion chez ses lecteurs tant ses textes tendent à n’être que simple description critique d’une société de consommation décadente dont les membres sont égoïstes, formatés et peu aventureux. Même l’image des extraterrestres pas si parfaits que cela n’équilibre pas ce constat. L’auteur oscille entre une naïveté étonnante et des sarcasmes froids envers ses personnages, tout en brocardant au passage les femmes avides de perfection. Aussi sera-t-il bien difficile au lecteur de se sentir impliqué dans ces diverses tranches de vies narrées.

Les étoiles manquent – volontairement – à ce recueil, mais c’est dommage car elles auraient pu apporter une touche de poésie et rendre le tout moins obscur…
anabel delage

   
 

S.P. Somtow, Mallworld (traduit par Jacques Chambon et Gilles Goullet), Folio SF n°1752, 2004, 468 p. – 7,30 €.

 
     
 

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