Rosa Montero, Des animaux difficiles

Rosa Montero, Des animaux difficiles

Ce roman relate la quatrième enquête de Bruna Husky, une techno-humaine, dans Madrid en 2111. Rosa Montero conjugue des éléments du thriller, de la science-fiction à des réflexions métaphysiques et humanistes.

Tout commence ce 22 janvier 2111, quand Tin Octobre est bien décidé à prouver à Master qu’il n’est pas un imbécile et qu’il va réussir. Il doit saboter un élevage de Képhales, des flops, des cerveaux qui continuent à vivre connectés à des ordinateurs quantiques. S’il peut débrancher tout le dispositif, il meurt.
Bruna se désole et compte ce qui lui reste à vivre. Elle a été une techno de combat pendant sept ans et elle a été réactivée dans un nouveau corps devenant une rep de calcul. Le corps est mal foutu, mais elle se rend compte qu’elle sait des choses qu’elle ne savait pas savoir.
C’est par ce nouveau titre qu’elle se retrouve à enquêter sur cet attentat, à devoir comprendre les motivations ders saboteurs. Or, dans ce Madrid du futur où les tensions sociales de toutes natures s’exacerbent, enquêter avec ce corps peu conçu pour le combat…

L’auteure base une partie de son récit sur une montée de la haine envers les réplicants, les humains augmentés, sur des enjeux autour de l’immortalité. Elle place ces données dans un cadre de tensions politiques, sociales, et développe son intrigue autour d’une conspiration, des attentats, des disparitions suspectes. L’héroïne doit collaborer avec un journaliste pour explorer des zones sombres de la ville, des quartiers pauvres, des zones de non-droit, corporatistes.
Bruna se retrouve avec un nouveau statut qui lui fait perdre ses capacités de guerrière, la rendant plus fragile, plus vulnérable et toujours hantée par le temps qui lui reste à vivre. Autour de la techno-humaine, gravitent des personnages déjà rencontrés lors de précédents épisodes comme Yiannis le vieil archiviste, le policier Paul Lizard. S’intègre Mircea, un journaliste qui suit la même piste que Bruna. Leur collaboration est faite de méfiance, d’attirance intellectuelle et de rivalité. Il représente le regard humain sur les dérives technologiques.

Ce récit se déroule dans un Madrid lointain qui reste, cependant, étrangement familier malgré les robots, les interventions des omniprésentes IA. Il fait une place à ces dernières, décrivant l’accroissement vertigineux qui devient une menace stupéfiante, une arme définitive. Pour illustrer son propos quant à la progression de ces intelligences, l’auteure reprend la légende relative au premier jeu d’échecs quand le concepteur le propose au roi Shiram pour le distraire de sa douleur. Pour le récompenser, le souverain lui demande ce qu’il souhaite comme cadeau. Il ne demande qu’un grain de blé sur la première case, deux sur la seconde et un doublement sur chaque suivante jusqu’à la soixante-quatrième. Le roi, surpris par ce qu’il considère comme une récompense bien modeste, accepte. Le lendemain, ses conseillers viennent lui dire que tout le blé du monde ne suffira pas. En effet, il faut 18 446 744 073 709 551 615 grains soit un poids d’environ 1199 000 000 000 tonnes. Rosa Montero rapproche cette progression de celles de ces systèmes en perpétuels développements et la comparaison est terrifiante.

C’est un récit au rythme soutenu, aux nombreux rebondissements, pour une enquête finement construite. Mais l’action se marie fort bien avec des dimensions philosophiques d’une belle pertinence sur la valeur de la vie, la peur de la mort, les tentations pour repousser cette dernière le plus possible, voire la vaincre. Elle fait état de nombreuses indications de toutes natures, fruits de son immense culture. Elle donne à Bruna le même goût pour l’écriture, lui faisant dire plusieurs fois : « J’aime écrire ! ».

Des animaux difficiles se révèle un livre surprenant et touchant, présentant, avec lucidité et une belle humanité, un texte divertissant au possible et une suite de réflexions profondes sur l’évolution des technologies par rapport aux humains.

Rosa Montero, Des animaux difficiles (animales difíciles), traduit de l’espagnole par Myriam Chirousse, Éditions Métailié, Bibliothèque hispanique, mars 2026, 288 p. – 20,50€.

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