Didier Ayres, Toxico – 13 & 14
lelitteraire.com propose de manière inédite à ses lecteurs ayant apprécié les billets « en marge » de Didier Ayres de découvrir sous forme de feuilleton son oeuvre théâtrale, Toxico.
XIII
Au marché de l’opium au Caire. Deux jeunes personnes, un frère et une sœur à peine majeurs, se font guidées par deux jeunes Égyptiens. Visiblement, ces deux entremetteurs sont aguerris. La scène peut être muette, à l’instar de la scène de la salle de shoot. Cela devrait s’organiser comme un ballet, danses des personnages et des vendeurs toujours sur le qui-vive, craignant l’intervention de la police. Et c’est le cas. Soudain, tous les vendeurs disparaissent dans de petites rues vers des portes de maisons compliquées. On comprend que c’est dangereux. Je ne suis pas chorégraphe mais on peut imaginer un ballet très minuté, très travaillé sur le plateau. Je pense à cette longue partie dansée du Salomé de Strauss. Peut-être faudrait-il s’inspirer de la chorégraphie des Indes Galantes de Clément Cogitore. Pour finir, tout le monde disparaîtra. Pour ce qui est de la musique, à mon goût, je préférerais un titre de la Cold Wave anglo-saxonne. Toujours est-il que les deux Européens sont davantage des spectateurs que des danseurs. Reste que le lieu est menaçant.
XIV
À Louxor.
Tu prendras le train pour la Mer Rouge. On se retrouvera à Alexandrie.
Pourquoi ?
J’ai l’impression qu’il faut que l’on se sépare.
Je ne comprends pas pourquoi.
Peut-être y a-t-il un autre chemin.
Qu’est-ce que tu veux dire ?
…
Et ton horoscope ? Ton karma ?
Je ne sais rien. Je préfère être comme je suis sans explications.
Il y a juste une faille. Un endroit où tu ne peux pas aller. Une zone lointaine de la psychologie humaine que personne n’aborde avec joie. Avec de telles violences. C’est un endroit où je ne peux aller que seul.
C’est bizarre, ça va ?
Tu auras peut-être une vie courte. Tu pourrais mourir de n’importe quoi, d’un cancer du foie. Par exemple en refusant de te soigner. C’est bien ce que la gitane t’a prédit ?
Une vie courte et un refus.
En vérité, je suis injuste avec toi.
…
Tu m’attendras à l’hôtel Youssef Gabriel Chahine. Je quitterai Louxor dès que possible.
Alors, je pars seule ?
Oui, laisse-moi avec mon mauvais génie. Tu garderas les deux Acid pour plus tard.
Je te dirai à quoi ressemble la Mer Rouge.
Alors, on continuera de s’appeler mutuellement Hermanito et Hermanita. Même si cela s’écroule. En cas où quelque chose s’effondrerait. Quelque chose qui tombe, qui dégringole.
Les Buvards, je les garderai.