Romain Puertolas, Tout un été sans Facebook

Romain Puertolas, Tout un été sans Facebook

Certains l’appelle Agatha, d’autres l’appellent à gâteaux

A ceux qui n’aime pas lire, il est conseillé de consulter en urgence l’aventure de la croustillante commissaire Agatha Crispies trop riche en graisse et pas seulement à la commissure des lèvres lorsque l’huile suinte des donuts au chocolat qu’elle dévore . Ils en auront pour leur argent là où le crime est « garanti sur blessure » par cette dévote de la loi. Et pas n’importe où. A New-York. Mais New-York, Colorado – riche de 150 âmes qui survivent au milieu de 198 ronds-points afin de réguler une circulation sous la baguette du Shérif Donald (Mac bien sûr).
La bourgade est certifiée sans Internet. D’où le goût de l’héroïne pour les livres et une méthode surréaliste d’enquête : l’association libre des mots et des idées. Dans une telle bourgade, sœur de celle de Twin Peaks, l’auteur lynche Lynch même si la violence sourde perdure. Un homme a été tué à l’aiguille à tricoter. Ce qui ne manque pas de piquant.

Dès lors, l’enquête bat son plein au milieu des lentilles et de leurs pierres d’achoppement, d’un écureuil radioactif, d’un bûcheron au nom de chiotte, d’un Hamlet de pressing, d’un garde-barrière et autres potentiels mafieux d’opérette. Peu à peu, les macchabées font masse à l’Americana. Puertolas, enfant terrible du polar au lard, quitte le Maroc ( cf. son Extraordinaire Voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea)  et Paris (cf. La petite fille qui avait avalé un nuage grand comme la tour Eiffel) pour un Ouest plus profond que les amours des feintes qu’il fomente au milieu des déserts.
L’auteur se moque du vraisemblable, cultive les effets en se posant une question majeure à propos de la littérature : les mots sont-ils capables de résoudre les secrets ? Queneau n’est pas loin. Hémoglobine et lipides en sus. La madame Colombo rhabillée par les frères Coen devient un corps conducteur à l’originalité certaine. Le livre se transforme en une  Route des Flandres  où Claude Simon s’habillerait en clown au sein de la chaleur du col à ras dos de la dodue héroïne.

Surgit de l’ensemble une apparition fantastique, surréaliste. L’effet d’ensemble joue sur la particularité d’un montage et d’une langue dégingandés. Sous un aspect ludique, croisements et brouillages sont repris au plan plus purement littéraire dont l’auteur expérimente les possibilités de jeux. La chorégraphie de l’écriture rend visible des images latentes et sourdes en divers types de ballets scripturaux.
Les images « premières » de la littérature policière sont quasiment effacées par  maquillages. Ils font de ce livre un nid de serpents à sornettes. Lequel libère l’esprit en permettant aux membres d’une communauté douteuse de rester inactifs.

jean-paul gavard-perret

Romain Puertolas, Tout un été sans Facebook, Le Dilettante, Paris, 2017.

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