Romain Noël, Errare
Errare est un récit d’abyme d’une rare intensité écrit dans un temps verbal particulier. Le présent est ici à la fois celui de l’écriture mais surtout un présent éternel ou mythique dont le devenir est pathétique : « Je sais je parle de très loin. Contrairement à nombre des miens je suis resté au cœur du massif. Je m’éloigne du Paradis tout en m’approchant de la terre. Je vais d’erreur en erreur, au plus fort de l’exil » écrit Romain Noël. Son soliloque appel un dialogue éloigné des répliques et des rôles.
L’écriture donne à la fuite du Paradis l’aspect d’une marche au désert : « Toujours plus près de l’Enfer». L’angoisse n’est en rien bradée. Elle trouve une évidence bouleversante. La poussée vers le néant est autant « énergisée » que contrariée par la survivance de l’enfance. En surgit un repli et une imminence dans la saillance d’un espace lacunaire et dévasté. Il signale un espacement généralisé de l’auteur par rapport aux êtres. Cette distance physique devient quasiment conceptuelle. Comme le sont le Paradis et l’Enfer. Orphelin de tout, l’auteur (et artiste) s’impose et impose un acte de clôture, de privation. Néanmoins ,il éclate de manière lumineuse dans ce qu’il ouvre de brèches afin de soumettre le regard et l’esprit à un champ inédit de perception et de conceptualisation.
L’espace littéraire d’ Errare n’est ni lieu, ni vide. Le ciel est plombé, le temps aussi. L’un et l’autre ne vieillissent pas, seul l’être vieillit avec les symptômes mortifères qu’engage la vie et que l’auteur tente d’apprivoiser à l’aide des touches mouvantes de ses étoiles filantes. Il crée une fable qui dérange la façon de voir le monde et de le penser. Nourri de la crainte (ou du plaisir) de s’y noyer là, l’auteur y expose sa vie sans la parodier. On espère qu’il atteindra au fil du temps une condition plus “ littorale ” de l’existence. Ayant expérimenté tous les états de non-lieu par l’écriture, sa trajectoire devrait bifurquer. Enfer ou ciel, qu’importe. Ce qui importe est, qu’après cet « état des lieux », la trajectoire se tord. Mais dans ses prémices elle annonce un écrivain rare dont l’assomption vient de prendre son essor.
jean-paul gavard-perret
Romain Noël, Errare , Dessins de l’auteur, Fata Morgana, Fontfroide le Haut, 2013, 48 p. – 11,00 €.

2 réflexions sur « Romain Noël, Errare »
Heureux celui qui offre un article pertinent sur l’Assomption d’un Noël de qualité .
L’ascension du prodige, je pense…