Hot House (Harold Pinter/Valéry Forestier)
Les acteurs nous accueillent dans la salle supérieure du Lucernaire (le « Paradis ») de façon familière, comme pour briser la distance scénique. Il s’agit bien plutôt de souligner le moment où le spectacle commence, véritable adresse au public. Les personnages sont incarnés comme de véritables caricatures, soulignant à l’excès les travers des individus ici tendus par leurs tâches, qui pourtant les dépassent manifestement. Il s’agit d’un espace confiné : celui d’un établissement de soins, dont on ne connaît pas la nature. On assiste à des communications frénétiques entre les membres de l’équipe de direction. Le propos est décousu, il s’agit de montrer ces êtres fragilisés en proie aux affres de leurs fonctions, qui semblent les dérouter.
On assiste à une succession à la tête de l’établissement. Le dispositif scénique souligne l’enfermement en inscrivant les répliques des différents protagonistes dans des cadres fermés, coulissants, constituant comme une boîte de dialogue. Les visages sont présentés suspendus, décalés, isolés de la situation qu’ils évoquent. Lorsque les personnages apparaissent en pied, devant le cadre, ils ne s’en échappent pas vraiment. Ils semblent rester prisonniers de leurs pathologies. Les acteurs sont vifs, efficaces, présentent une bonne performance. Le propos est vif, dynamique, mais semble s’épuiser dans une profération ressassée, une hystérie qui atteint assez vite les limites de son intention comique. Bien sûr on passe un bon moment, grâce à une représentation sympathique et plaisante, mais légère et sans doute insuffisamment consistante.
christophe giolito
Hot House
de Harold Pinter
Mise en scène Valéry Forestier
Avec : Benjamin Bernard, Grégory Corre et Fanny Decoust
Collectif AA ; musique : Erwan Laurent ; scénographie : Arnaud Légion et Valéry Forestier ; vidéo : Julien Lilti ; graphisme : Emma Senèze.
Au théâtre Le Lucernaire, 53, rue Notre-Dame des Champs 75006 PARIS
du mardi au samedi à 21h, du 13 novembre 2013 au 11 janvier 2014. Durée : 1h40
Le texte de la pièce de 1958 est paru aux éditions Gallimard en 1987
dans une traduction de Eric H. Kahane.