Revue Trimestrielle, Crimes et Châtiments, Jacob Duvernet, N°1 / janvier 2012

Revue Trimestrielle, Crimes et Châtiments, Jacob Duvernet, N°1 / janvier 2012

Une nouvelle venue de qualité dans le monde des revues

Dans la lignée de ces nouvelles revues de grande qualité (comme XXI par exemple), Crimes et châtiments est une nouvelle venue qui fera certainement date, tant la thématique et la ligne éditoriale choisies, ainsi que la qualité des textes et de la maquette, sont susceptibles de capter dès ce premier numéro un public large et exigeant. Consacrée à la criminalité et à sa répression, elle explore toutes les facettes de ce monde terrible et fascinant, si bien symbolisé par le titre du roman de Dostoïevsky, emprunté et détourné ici par la revue pour, nous l’espérons à l’avenir, continuer à renforcer ces liens si forts tissés au cours des siècles entre le fait divers sanglant et la littérature (peut-être l’un des rares aspects encore pas suffisamment développé dans ce premier numéro).

L’impressionnante collection d’articles présentée ici s’ancre d’emblée sur un constat bien argumenté d’une année terrible pour la police française (« Annus Horribilis »), marquée notamment par les affaires de Lyon et de Lille, accompagnées de mise au placard ou à l’ombre de véritables légendes du métier. Paru juste avant les tragiques événements de Toulouse et la si controversée intervention du RAID (qui fait d’ailleurs aussi l’objet d’un autre article très intéressant), ce bloc-notes d’ouverture semble avoir été prolongé tout naturellement par l’actualité et se révèle quasi prémonitoire dans son approche analytique des déboires de la police française. Il y aurait comme un malaise dans la maison poulaga que ? D’ailleurs, un autre article se penchant sur les conditions du suicide d’une jeune fonctionnaire de police ne fait que renforcer cette impression que nous assistons peut-être à un tournant dans l’histoire si riche de la maréchaussée en France.

 

Mais les articles de Crimes… cherchent aussi (et surtout) à explorer le conscient et l’inconscient de ces personnes qui, un jour, passent à l’acte et attentent à la vie d’autres personnes. Tout en présentant les chiffres de la mortalité criminelle en France, spectaculairement en baisse depuis trente ans (en valeur absolue et surtout en pourcentage de la population totale, elle-même en augmentation), certains articles plongent dans le sordide des actes criminels, comme la « mode » de brûler le corps de sa victime, pour espérer effacer des traces, ce qui est un leurre absolu au regard des technologies aujourd’hui disponibles pour faire parler toutes sortes de cadavres et de scènes de crimes. Enfin, un dossier passionnant consacré aux femmes propose notamment un voyage dans l’univers des compagnes de criminels, de la « gagneuse » des années 30 à la risque-tout des années 80, comme Nadine Vaujour, organisatrice de l’évasion en hélicoptère de mari Michel.
L’analyse finale de cet article nous laisse malgré tout un peu sur notre faim en affirmant que le désir qu’ont ces femmes, souvent maltraitées dans leur enfance paraît-il, pour ces (very) bad boys qui passent une grande partie de leur existence en prison, est attisé par le sentiment de puissance qu’elles ressentent alors qu’elles sont en liberté et ont leur homme entièrement à leur écoute… D’autres articles, comme ceux consacrés à l’affaire Krombach, ou à la cavale à la mode corse, achèvent de faire de ce coup d’essai un véritable coup de maître.
À suivre, dès ce mois d’avril, le numéro 2.

a. de lastyns

 

   
 

Revue Trimestrielle, Crimes et Châtiments, Jacob Duvernet, N°1 / janvier 2012, 175 p.- 15,00 €

 
     

 

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