Renaud Marhic, Terminus Brocéliande / Frédérick Houdaer, Ankou, lève-toi
Le thriller féerique est à l’honneur dans cette collection où l’alchimie des genres s’opère dans un malicieux mélange littéraire.
Qui dit grimoire pense à alchimie. L’alchimie n’est pas à proprement parler une science occulte, il n’empêche qu’elle a conduit de nombreux apprentis sorciers au bûcher. La quête de la pierre philosophale, qui transforme le plomb en or, est aussi obsessionnelle, sinon plus, que celle du Graal. Il est même probable qu’elle a eu davantage d’emrpise sur les esprits, et depuis bien plus longtemps… Depuis le roi Midas, qui transformait tout ce qu’il touchait en or à nos jours, la pépite, le filon du Klondike ont été source d’excitation. Chez AK Éditions, on cherche aussi le pur joyau littéraire. Avec sa nouvelle collection, « Polar Grimoire », Renaud Marhic ne se contente pas d’arpenter des chemins trop souvent oubliés – ceux qui allient le roman policier, le fantastique et la mythologie – il y va aussi de son roman, qui plante son décor à Brocéliande, évidemment !
Renaud Marhic, Terminus Brocéliande
Quand la mère de Christophe R. fait appel à l’enquêteur fantasque Maël Mac’Herig pour retrouver son fils, thésard en anthropologie, elle ne se doute sûrement pas des embûches qu’il va devoir affronter, et encore moins de leurs origines. Pourtant, l’étudiant a disparu en pleine forêt de Brocéliande, près de l’Hôtié de la fée Viviane. Un journal intime va se révéler au centre de cette affaire et conduire le détective à rencontrer un obscur bouquiniste, première étape vers le chemin fantastique et irrationnel. Car c’est une fresque de personnages bien particulière qui attend l’ancien criminologue. Pan s’échappe, Edgar Allan Poe apparaît. Un écrivain peut cacher une cohorte d’écrivains. L’incontournable Kipling se profile pour mieux faire avancer Sax Rohmer et Bram Stoker aux abords du tombeau de Merlin. Et quand ils ne sont pas là, c’est pour mieux amener le lecteur vers leurs écrits, leurs évocations. Il est important pour Maël Mac’Herig de traverser le miroir dans une partie de jeux de rôle où le maître est particulièrement retors. La survie du disparu en dépend.
Renaud Marhic use d’un style bien particulier pour planter un décor bien particulier. Terminus Brocéliande est un scénario de jeux de rôle où beaucoup de passages sont des clins d’œil que seuls comprendront les rôlistes. Mais ce serait limiter le roman que d’y voir cette seule facette. Car Terminus Brocéliande peut s’aborder de différentes façons. Par moments déroutant, l’ouvrage séduit par cette évocation d’auteurs qui surgissent du passé mais qui nous enchanteraient encore plus si leur silhouette était plus prononcée. Instigateur du renouveau d’un genre, Renaud Marhic appelle donc ses lecteurs à une grande exigence. Le thriller féerique, véritable branche du fantastique, renaît bel et bien avec Terminus Brocéliande, qui est tout sauf une halte.
Frédérick Houdaer, Ankou, lève-toi
Brest, 1944. Une jeep américaine renverse un vieillard. Cet homme décharné est armé d’une faux. Son regard vitreux est inquiétant. Les soldats ne perçoivent pas le danger ni même les répercussions de leur découverte. À côté de ça, Armstrong et son petit pas pour l’homme, c’est vraiment de la camelote. Séparé de son arme, L’Ankou a un lien profond avec un des ravisseurs qui l’emmènent aux États-Unis pour être étudié par une horde de savants. Rosewell est alors créé de toute pièce par un FBI désireux de détourner l’attention. Car L’Ankou ne cesse de fuir et pourrait semer le trouble. Lyon, 2007, Éric Jaillet, journaliste, essaie de mettre la main sur le film de la rencontre entre ces Américains et L’Ankou. L’enquête le conduit à retrouver des survivants brestois puis à partir de l’autre côté de l’Atlantique où les langues se délient et où les morts s’entassent à mesure que la vérité devient plus précise et plus troublante.
Frédérick Houdaer est un petit lutin facétieux qui a concocté une intrigue au ficelage éhontément provocateur. Le voyage en montgolfière rappelle évidemment Jules Verne. Les cinq semaines ne dépassent pas cinq heures. Le crash est retentissant et aussitôt on est plongé sous terre dans un voyage vers son centre, au milieu d’une gigantesque coulée de lave pour un ultime affrontement avec « l’ouvrier de la mort ».
julien vedrenne
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Renaud Marhic, Terminus Brocéliande, AK Éditions coll. « Polar grimoire », avril 2007, 224 p. – 9,50 €.