James Carlos Blake, Dans la peau / Crépuscule sanglant

James Carlos Blake, Dans la peau / Crépuscule sanglant

Deux romans époustouflants de James Carlos Blake qui se situent entre Texas et Mexique, sur fond de tragédie et de guerre.

James Carlos Blake aime à planter ses décors dans le Texas profond, à la frontière du Mexique. Aussi n’est-ce pas une surprise de voir deux nouveaux ouvrages – un inédit et un poche – qui se situent dans cette région des États-Unis. Avec Dans la peau, c’est une histoire noire et aux sentiments troubles qui nous est proposée, dans la première moitié du XXe siècle, avec des cow-boys des temps modernes, de ceux qui ont troqué leur cheval contre une auto. Crépuscule sanglant renoue avec le western. Un livre très noir qui brouille les frontières des genres et des pays – puisque c’est au Mexique qu’une tragédie familiale aura sa conclusion – où les os craquent et l’hémoglobine coule à flot à mesure que les scalps ornent les selles des chevaux.


Dans la peau

Galveston, petit ville du Texas, en 1936. Jimmy, descendant d’un sanguinaire lieutenant de Pancho Villa, est l’homme à tout faire de caïds de la pègre locale. Avec deux amis, il est encaisseur, craint et respecté. Il n’y a pas de problèmes, il y a simplement des solutions. Sa rencontre avec Daniela, une jeune femme exilée, va bouleverser sa vie. D’abord, il ne la croise que par vitres interposées, au hasard d’un carrefour. Ensuite, il découvre qu’elle est hébergée par des relations. En compagnie d’un homme qui d’entrée de jeu lui est antipathique. Un homme avec lequel il se bagarrera avant de mieux se saouler. Daniela et Jimmy entament alors une séduction effrénée dans un bar de la ville avant d’aller se baigner au clair de lune et de faire une rencontre hallucinante avec un requin, que Daniela écarte. Mais ce danger n’est pas le plus grand qui menace le couple amoureux. Le passé resurgit de plus belle quand Daniela est enlevée dans un bain de sang. Celle qui fuyait un homme du Mexique est retombée dans ses griffes. Jimmy, remonté comme jamais, s’embarque alors dans une croisade pour voler au secours de sa bien-aimée et faire payer le prix du sang à cet homme inconnu, sans se douter qu’il est très proche de lui.

 


Crépuscule sanglant

John et Edward sont deux frères dont le destin est voué à la tragédie. Quand leur mère devient folle et accuse leur père d’avoir tué leur petite sœur, John ou Edward, John et Edward, commettent un parricide qui va les hanter autant que le corps pré-pubère de cette sœur qu’ils vont recroiser, chacun de leur côté, quand elle sera prostituée. Les chemins de John et Edward se séparent alors qu’ils fuient vers le Texas. La guerre entre le Mexique et les États-Unis menace. Les recruteurs américains n’hésitent pas à enrôler ceux qui sont menacés de bagne. John et Edward deviennent très vite des hommes. Entre un qui pourchasse les Comanches et y perd un scalp avant de s’engager dans les Saint-Patrick, une légion d’Irlandais au service du Mexique et l’autre qui rejoint la Spy Company, son homologue américaine constituée essentiellement de Mexicains, leurs chemins sont condamnés à se croiser sans jamais se rencontrer. Jusqu’à ce que cette guerre les réunisse et que John soit dans le camp des vaincus.

Roman surprenant de douceur et de tendresse, mais qui révèle la cruauté des exactions commises pendant la guerre civile mexicaine, Dans la peau reprend les thèmes de la tragédie et de la destinée que l’on trouve dans Crépuscule sanglant. Mais à un degré moindre. Alors que dans un cas, la violence est à son comble et n’épargne personne, des Américains aux Mexicains en passant par les Indiens, dans l’autre, seules deux personnes sont vouées au malheur. S’il fallait pour cela trouver une preuve, le règlement final de Dans la peau ne fait qu’une seule victime – soit c’est Daniela – tandis que Crépuscule sanglant nous plonge dans l’horreur de la guerre et dans l’absurdité de l’engagement. En cela, Crépuscule sanglant est un roman bien plus poignant. Comment une nation de déracinés peut-elle ne pas admettre que l’on puisse penser différemment ? Comment une terre dite de liberté peut-elle ne pas comprendre que l’on puisse avoir sa propre idéologie, ses propres envies ? Crépuscule sanglant n’apporte évidemment pas de réponses, mais pose un problème qui curieusement, près de deux siècles après les événements contés, reste furieusement d’actualité. Le tout avec le talent littéraire de James Carlos Blake, qui réussit, malgré cette noirceur oppressante et omniprésente à nous faire partager des touches poétiques et sensibles, dignes d’Ernest Hemingway. Dans la peau propose un moment d’anthologie lors d’une baignade perturbée par un requin dont la narration est en effet très proche du Vieil homme et la mer. Il y a dans Crépuscule sanglant cette justesse du trait littéraire, quand James Carlos Blake dépeint ces ou ses hommes qui affrontent leur destin avec toute l’énergie du désespoir, qui n’est propre qu’aux plus grands romanciers.

julien vedrenne

   
 

-  James Carlos Blake, Dans la peau (trad. de l’américain par Emmanuel Pailler), Rivages coll. « Thriller », mars 2007, 296 p. – 22,00 €.
-  James Carlos Blake, Crépuscule sanglant (trad. de l’américain par Laetitia Devaux), Rivages coll. « Noir » n° 637, mars 2007, 544 p. – 10,40 €.

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