Régine Deforges, Le Paris de mes amours : Abécédaire sentimental
Le Paris de mes amours, celui qu’on ne connaît pas
Benjamin Rosenberg a vingt-deux ans et habite la région parisienne. Il est romancier et a publié à ce jour deux ouvrage, un troisième sortira en décembre 2011. Il est également chroniqueur pour lelitteraire.com
Lorsque j’ai choisi de chroniquer Le Paris de mes amours : Abécédaire sentimental, je ne l’ai pas fait pour le thème de l’ouvrage : une description par ordre alphabétique des grands lieux et figures parisiens n’a rien d’exceptionnel, surtout pour un Parisien de naissance. Je l’ai fait pour son auteure : Régine Deforges, une femme qui a brisé tous les tabous : être une « femme » éditeur, une femme libertaire, une femme qui écrit des romans érotiques. Etre une femme tout à fait libre.
De la course farfelue des garçons de café à la description d’Emile Zola et de son ascension, Régine Deforges propose un Paris parisien, un Paris dont l’ambiance légère et humaniste des années 70 se transforme en un brouhaha fade et difforme. Dans le Paris d’aujourd’hui de Deforges, les gesticulateurs se croisent sans un mot, les « cris de Paris » sont remplacés par des soliloques. Elle évoque avec mélancolie la disparition ou la transformation de certains métiers : « le pétomane » a disparu, « Joseph Pujol retourna à Marseille où il reprit son emploi de boulanger et ne remonta plus sur scène ». Le « goûteur d’eau » n’est plus un personnage public, il a perdu son cachet. Les « taxis parisiens » ne sont plus parisiens. « Ils ont bien changé nos taxis parisiens ! Les vieux Parigots qui les conduisaient ont pris leur retraite et ont été remplacés par des Maghrébins, des Antillais, des Chinois et même des Arméniens à qui l’on doit indiquer le chemin ».
L’originalité et l’intérêt de l’ouvrage ne résident pas dans les thèmes ni dans le style, mais dans la description de certains caractères humains et faits historiques peu connus. Ainsi, la mélancolie a sa propre définition dans cet abécédaire, elle fait donc partie intégrante de Paris. Elle débute sur les bords de Seine, un jour que l’on imagine gris et venteux, et disparaît dans un bistro avec un verre de vin blanc. L’auteure a beau être amoureuse de Paris, elle reste objective : Paris est majestueuse, Paris est élégante, mais Paris est mélancolique, le spleen, le vague des passions, le mal du siècle y ont eu une place primordiale, celle qui rend compte de la limite de la beauté des Hommes et des choses.
La Parisienne ne manque pas à l’appel : elle représente Paris, elle est Paris, elle est chère à Régine Desforges donc elle a sa place dans cet abécédaire sentimental. « La Parisienne est toujours aussi indéfinissable […] un mélange d’élégance, de légèreté, d’esprit, d’aisance et de savoir-vivre ». Paris-Plage succède sans transition à la description envoûtante de la Parisienne, on regrette ici un soupçon d’objectivité : les Parisiens ne se rendent que très rarement à Paris-Plage contrairement à ce que dit l’auteure de La bicyclette bleue, et l’ambiance y est souvent insupportable : les Provinciaux, les Banlieusards et les touristes « cacophonent » sans aucune pudeur, et ceux venus chercher la quiétude n’y trouvent que le chahut des plages de la côte.
Que dire de plus de cet ouvrage charmant qui papillonne entre les lieux, les figures imposantes et les habitudes parisiens ? Même le guide le plus informé apprendrait à coup sûr qu’il existait, avant les travaux d’Haussmann, une flopée de théâtres mettant en scène le crime et les viols sur le boulevard du Temple rebaptisé boulevard du Crime. De même, qui peut affirmer savoir que Gérard de Nerval promenait un homard vivant au bout d’une laisse dans les jardins du Paris-Royal ? Régine Deforges, elle, peut l’affirmer. Un ouvrage que je conseille aux Parisiens, parce qu’il est toujours délicieux de connaître la ville qui nous abrite, de lieu en lieu, d’anecdote en anecdote. Et pour ceux qui se croient incollables sur la Ville-Lumière, qu’ils lisent Le Paris de mes amours, nous en reparlerons…
b. rosenberg
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Régine Deforges, Le Paris de mes amours : Abécédaire sentimental, Plon, octobre 2011, 385 p. – 23,00 € |
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