Alexandre Vialatte, Vialatte à La Montagne

Alexandre Vialatte, Vialatte à La Montagne

Une sélection de chroniques pas forcément représentative du meilleur de l’écrivain

Quoique sa première de couverture ne l’indique pas, ce livre édité à l’occasion du quarantième anniversaire de la mort de Vialatte est un ouvrage collectif : outre une sélection des fameuses chroniques qui paraissaient jadis dans La Montagne, l’on y trouve une préface de Jean-Pierre Caillard et de nombreux petits textes commentatifs dus à “quelques-uns des plus fervents admirateurs de l’écrivain“, pour citer la quatrième de couverture. C’est là que le bât blesse, car ces contributeurs, dont les noms forment une liste aussi hétéroclite que certaines énumérations chères à Vialatte – cela va d’Amélie Nothomb à Pierre Jourde et de Denis Tillinac à Philippe Vandel -, semblent s’être passé le mot pour faire le minimum d’efforts en matière d’écriture, quand il s’agissait de présenter les morceaux de choix de l’auteur qu’ils admirent.

Le décalage entre le style de Vialatte et leur prose produit une impression d’ensemble doublement déplaisante. D’une part, le lecteur se demande s’ils étaient vraiment tous incapables de rédiger quelque chose de bien enlevé, pour rendre hommage à Alexandre, et pourquoi aucun d’eux n’a été mieux inspiré ; d’autre part, les chroniques elles-mêmes pâtissent, paradoxalement, du voisinage des éloges censés les mettre en valeur.
Ainsi, lorsqu’on voit Vialatte défini comme un écrivain de génie, notamment par Philippe Vandel et par Bernard Jannin qui le considère comme l’équivalent littéraire de Fellini, on est porté à examiner à la loupe les chroniques choisies pour nous persuader de sa génialité, et hélas, l’on finit par les juger très surestimées, malgré l’a priori favorable avec lequel on avait commencé à les (re)lire.
Certes, elles sont drôles, loufoques, extravagantes, voire incongrues, comme ses commentateurs nous le font noter (pour le cas où l’on ne s’en serait pas aperçu), mais pas davantage que les écrits des surréalistes de la grande époque ou que les romans de Joseph Delteil – dont le style a manifestement été une influence majeure pour Vialatte. Par ailleurs, la sélection de chroniques que nous offre ce volume n’est pas forcément représentative du meilleur de l’écrivain : elle rend frappantes certaines facilités et quelques “trucs“ censés faire mouche, des procédés identiques qui y reviennent fréquemment, et qui portent à la conclusion que le chroniqueur se pastichait lui-même ou se contentait de reprendre des recettes éprouvées, les jours où il manquait d’idées.
C’est en effet pardonnable, pour un écrivain qui devait fournir de la copie à un rythme assez rapide ; mais si la sélection avait été mieux faite, et par une seule personne plutôt que par un collectif pléthorique (comprenant toute la rédaction actuelle de La Montagne, pour treize des textes choisis !), le lecteur n’en serait pas arrivé à remarquer ces faiblesses de Vialatte et à concevoir pour lui plus d’indulgence que d’admiration. En matière d’hommages pour célébrer un anniversaire, on cherchera sans doute longtemps avant de trouver moins réussi.

a. de lastyns

 

   
 

Alexandre Vialatte, Vialatte à La Montagne, Julliard, octobre 2011, 177 p.- 17,00 €

 

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