Raymond Queneau, Textes, contes, rêves
Rester méfiants
Les textes inédits de Raymond Queneau, assemblés ici, son fidèles à son œuvre. Il s’agit d’écrits avortés, écartés ou oubliés au moment ou un tel érudit des lettres qui, après avoir rompu avec le surréalisme de Breton, dirigea le comité de lecture de la NRF et l’Encyclopédie de la Pléiade, fonda le groupe littéraire «Oulipo » et fut membre du collège de « Pataphysique » et de l’Académie Goncourt.
Nous retrouvons l’ironie et l’humour truculents dans ces courts récits. Ils malmènent le sens même en des notes prises à la lisière du rêve et de la philosophie. En émane un ensemble drôle et fascinant où la religion, les grandes villes, l’amour, la psychologie, la politique deviennent des sujets chers à l’‘absurdie » de Queneau qui, sous couvert de célébration, sont de l’ordre de la moquerie. Et l’auteur de préciser : « je n’ai rien à dire. N’ayant rien à dire, je devrais me taire, si du moins il n’était légitime de dire que l’on n’a rien à dire. » Mais le lecteur se retrouve dans des confusions volontaires au service des contradictions.
Elles peuvent être prises pour des sophismes. Mais l’auteur nous met en garde car leur « apparence déchirante » n’est pas écrite pour rassurer. Queneau préfère nous plonger dans des « abîmes de mélasses et des gouffres ». Les tergiversations pullulent. Les pisse-froid assurent qu’il n’y a rien à les intéresser. Mais c’est à dessein qu’il ne faut selon lui prêter aucun mépris à de telles fanfaronnades, là où jaillissent tant d’ « inquiétants détours. »
jean-paul gavard-perret
Raymond Queneau, Textes, contes, rêves, Illustrations d’Olivier Jung, 2025, 120 p. – 21,00 €.