Raymond Chandler (scénario) Ted Benoit (adaptation) et François Ayroles (illustration), Playback
Voilà une adaptation contemporaine réussie d’un scénario de Chandler pour le cinéma hollywoodien. Projet qui a avorté.
Il y a un an, Denoël Graphic ressortait des fagots Agent secret X-9, un obscur mais passionnant strip de Dashiell Hammet et Alex Raymond. En cette fin d’année, c’est Raymond Chandler – qui restera à jamais le créateur de Philip Marlowe, ce détective incarné à l’écran par Humphrey Bogart – qui est à l’honneur.
Dans une préface intéressante, Philippe Garnier nous dévoile les déboires que connut notre auteur de hard boiled à Hollywood. Surtout, il nous apprend les raisons d’un fiasco. Celui de Playback, seul scénario créé spécialement par Chandler pour le cinéma. Alors qu’il était fortement rémunéré pour ce travail, Chandler a fait durer le plaisir, reportant sans cesse sa remise de copie… jusqu’à ce que la crise du cinéma fasse avorter le projet. Philippe Garnier rapporte aussi que Chandler était tellement odieux qu’il se mit Hitchcock à dos, au point que ce dernier déchira un scénario du maître du roman noir sous les yeux de la scénariste qui allait le remplacer à ses côtés…
Alors, pendant des années, ce scénario est resté aux oubliettes jusqu’à ce que germe l’idée d’en faire une bande dessinée. Aux manettes, deux auteurs contemporains : Ted Benoît est un des scénaristes qui a repris la série Blake et Mortimer (« L’Affaire Francis Blake », « L’Étrange rendez-vous »), François Ayroles est le dessinateur de De cape et de crocs (Delcourt). Ils ont réussi un travail rigoureux et typé qui respecte parfaitement le style de Chandler et à la lecture, on a vraiment l’impression d’avoir entre les mains une vieille bande dessinée.
L’histoire… Elle est fort simple et, évidemment, très cinématographique. Betty Mayfield a vu son mari mourir dans ses bras. Il portait une minerve à vie. Le père de celui-ci, Américain tout-puissant, a tout tenté pour la faire condamner mais Betty a été innocentée. Elle fuit à Vancouver, au Canada, où l’histoire semble la poursuivre : Betty se retrouve impliquée dans une vraie histoire-cauchemar avec un nouveau cadavre, dans sa chambre d’hôtel cette fois – celui de Larry Mitchell, un goujat rencontré dans un train. L’inspecteur Kilaine, de la police montée, amoureux de cette Betty énigmatique qui refuse de dévoiler sa véritable identité par peur d’être jugée et condamnée d’avance, croit sincèrement en son innocence.
Betty trouve en Clark Brandon, un riche oisif, un appui de taille alors que des maîtres chanteurs débarquent et que l’étau commence à se resserrer. Les nerfs de Betty flancheront-ils ? L’idée du suicide devient présente. Ces amis qui viennent à la rescousse ne sont-ils pas simplement des ennemis ? La trame est lancée… et bien lancée.
Comme toujours chez Denoël Graphic, l’objet-livre est important. La couverture en noir et blanc, avec un titre façon comics des années trente, est superbe. Les 114 pages sont en papier glacé, support bien adapté aux très beaux dessins monochromes noirs. Un simple regret : un gros macaron rouge imprimé sur la couverture avec son prix, 20 €, rend cet ouvrage difficile à offrir. Dommage pour Noël…
julien védrenne
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Raymond Chandler (scénario) Ted Benoit (adaptation) et François Ayroles (illustration), Playback, Denoël graphic, 2004, 114 p. – 20,00 €. |
