Raphaël Majan, « Une contre-enquête du commissaire Liberty » : Cruelle télé
Septième aventure de Wallance, sur fond de Maillon faible et d’homme fort.
Cette septième aventure du commissaire « Liberty » Wallance débute sur le plateau du Maillon faible en compagnie de Laurence Boccolini. Le commissaire s’y est inscrit dans le but de plaire à sa subordonnée guadeloupéenne, Nathalie Malicorne, friande du jeu. Quelle n’est pas sa surprise quand il découvre, parmi les autres concurrents, l’agent de son cœur et du moment. Liberty se fait appeler Arthur et démarre très bien, sur fond de Shakespeare. L’histoire se complique quand il s’agit de technique de ski, s’emberlificote lorsqu’il faut trouver l’onomatopée du chien alors que notre commissaire est dans ses pensées et confond Ouah ! Ouah ! et Miaou !, pour finir dans le ridicule footballistique. Le commissaire devient « maillon faible » et Nathalie gagne.
La Briochette, maquilleuse de son état, fera alors les frais de celui qui manipule les chiffres de la police. Une mort horrible, un crime des plus sordides. Le sang pisse de partout alors que le commissaire notera plus tard dans son carnet fétiche « un criminel moins soucieux des droits de la femme aurait violé avant de tuer ». À partir de là, il importe de coffrer un coupable. Le commissaire en a deux dans son collimateur. Farid, un flirt de la victime et qui attend en bas de son appartement, et Ferdinand, premier exclu de l’émission.
Au commissariat, on est plongé dans le fou rire général. Les mésaventures télévisuelles de Liberty sont sujet de conversations animées. Heureusement pour Wallance, une enquête commence. Le petit ami de Nathalie, un être délicat et subtil comme les aime Liberty, fait alors son apparition. Aussitôt, ce dernier réfléchit au moyen d’en faire un coupable en lieu et place d’un Farid évaporé ou d’un Ferdinand à l’alibi en béton. Un double meurtre va vite lui en donner l’occasion. Une fois n’est pas coutume, Liberty Wallance n’est pas responsable !
Comme toujours, dans ces contre-enquêtes de Raphaël Majan, la langue est parfaite et l’ironie totale. Suivre les divagations du psychopathe de la littérature noire version POL est une véritable jouissance. Le commissaire ne se laisse pas tourmenter par les aléas des questions dans un jeu télévisé. Il tient à aboutir à ses fins et ses fins ont un sens : coucher Nathalie Malicorne dans son lit. Et si, pour cela, il doit résoudre deux ou trois enquêtes pour le bien du pays, des enquêtes imposées par ses actes inconsidérés, alors il le fera !
Les carnets de Wallance sont noircis de pensées toutes plus abracadabrantes les unes que les autres. Le commissaire est un esthète, et il le prouve :
Ainsi que des philosophes l’ont révélé avant moi, nous vivons dans la société du spectacle. Aussi l’improvisation conserve-t-elle droit de cité. Et rien ne se passe jamais comme prévu, les assassinats non plus .
Il est aussi doté d’un ego surdimensionné allié à une folie à faire pâlir d’envie le plus grand des psy.
Comme dans les aventures précédentes, celle-ci – Cruelle télé – finira dans le chaos le plus total avec l’arrivée d’une Martine plus enceinte que jamais. Martine, c’est la femme de Lavraut, le lieutenant de Wallance. Martine, c’est aussi la maîtresse de Wallance. Et le rejeton en son ventre est sûrement de son œuvre. Mais c’est une autre histoire que l’on découvrira avec joie à la lecture d’Accouchement charcutier, seconde livraison de ce mois de novembre.
julien védrenne
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Raphaël Majan, « Une contre-enquête du commissaire Liberty » : Cruelle télé, POL, novembre 2005, 205 p. – 12,00 €. |
