Andrea Camilleri, La Disparition de Judas
Un homme sans histoire disparaît dans une ville de Sicile à la fin du XIXe siècle. Les forces de police s’unissent pour le retrouver.
Andrea Camilleri nous emmène à Vigàta, petite commune de Sicile, en 1890. Un étrange fait divers survient… La cité est en ébullition, comme chaque année à cette période : on s’apprête à célébrer le mystère de la Passion du Christ, en interprétant en plein air Les Fiançailles. Un des rôles les plus importants est celui du Judas. Il échoit, depuis quelques années, au comptable Patò. Celui-ci, à un moment de la représentation, doit disparaître par une trappe prévue à cet effet. Mais cette fois, il ne réapparaîtra pas…
Sa femme signale alors cette disparition aux Carabiniers Royaux, pendant que son frère s’adresse à la Sécurité Publique. Ces deux sections sont rivales et chacune voit d’un mauvais œil les investigations de l’autre. Cependant, elles sont obligées de collaborer et devront faire contre mauvaise fortune bon gré. Les CC RR (entendez par là, les Carabiniers Royaux) seront représentés par le maréchal Paolo Giummàro, et la SP par le délégué Ernesto Bellavia.
D’abord distants, nos deux compères réunis par la force des circonstances vont peu à peu se rapprocher pour devenir d’inséparables compagnons. Ensemble, ils vont enquêter entre la maison de Patò, où ils rencontreront sa femme, la riche Mangiafico Elisabetta, la Banque de Trinacria et ses secrets inviolables, et le palais du marquis Curtò di Baucina. L’Italie, c’est le pays de Roméo et Juliette. Un pays empli de passions, de trahisons, de tromperies. La Sicile, c’est aussi le berceau de la mafia. Même s’il faut se garder de réduire cette région à ce seul fléau. Patò symbolise un peu tous ces éléments. A-t-il disparu ? A-t-il été enlevé ? Pourquoi sa vie est-elle emplie de mensonges ?
Les détectives apparaissent, au premier abord, gauches et procéduriers. Petit à petit, ils se révèlent. Ils sont caustiques et ironiques. Intelligents et acharnés. Seule leur hiérarchie pourrait les freiner.
Sous forme épistolaire, nous suivons les pérégrinations de nos enquêteurs, nous découvrons des graffitis sur les murs de la ville et nous lisons la presse dithyrambique. Nous observons également les manœuvres de personnages fort peu recommandables et les pressions qu’ils font subir à la Justice.
La Disparition de Judas est une délectation pure. On s’amuse à la lecture de ces lettres. On s’étonne à la lecture de certaines. On s’ébahit de l’outrecuidance du maréchal Paolo Giummàro et du délégué Ernesto Bellavia. On admire les coups de tampon furieux qui agrémentent certains plis (Urgent – Par porteur) et les en-têtes ronflants. On sent l’odeur du papier et des rues. Bref, on est captivé !
julien védrenne
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Andrea Camilleri, La Disparition de Judas (traduit de l’italien par Serge Quadruppani et Maruzza Loria), Métailié coll. « Suites italiennes » (vol. n° 113), octobre 2005, 248 p. – 9,00 €. Première publication : Métailié coll. « Bibliothèque italienne », février 2002, 246 p. – 16,50 €. |
