Raoul Vaneigem (aka Jules-François Dupuis), Histoire désinvolte du Surréalisme
Une histoire plus primesautière qu’universitaire
Quoique Belge, Raoul Vaneigem s’est plus intéressé au courant parisien du surréalisme qu’à son versant du nord. Ayant lui-même via le Situationnisme fait l’expérience des mouvements de l’avant-garde, il met l’accent sur les faiblesses de mouvements qui se caractérisent par leur récupération immédiate au sein des institutions qu’ils étaient censés mettre à mal. Paru en 1977 sous la signature de Jules-François Dupuis, ce livre – comme son nom l’indique – est une histoire plus primesautière qu’universitaire. Cela lui ôte le côté pensum même si parfois certaines affirmations demeureraient plus fortes d’être solidement argumentées. Mais l’essentiel est sauf. Et cruel. Pris entre les affres du capitalisme où il alla facilement sombrer comme dans celles d’un stalinisme crasse, le mouvement s’étiola en dépit de plusieurs remises sur rails.
Vaneigem rappelle que le surréalisme le plus probant n’est pas chez Breton, Eluard ou Aragon. Il faut aller le chercher où il s’était replié : chez Crevel, Péret (de qui Breton tira sa gloire poétique), Leiris et bien sûr Artaud. L’auteur gratte où ça fait mal et montre comment les révolutionnaires se fendirent « en remugles de mondanités » voire parfois de vanité si bien que la cour des miracles surréaliste se transforma en une sorte de jardin de Versailles. On se souvient de Breton allant voir dans la berline de luxe de la comtesse de Noailles les grévistes en 1936 comme l’auteur le raconte dans les « Vases Communicants ». S’il faut retenir du surréalisme littéraire quelque chose de vraiment vivant, il convient de quitter Paris et passer au-delà du Quiévrain où l’esprit de Marcel Marien, Pol Bury, Koenig, les Picqueray, Dotremont, bref tous les irréguliers de la langue, a donné au mouvement ses lettres les plus vives. Quant aux néo-Surréalistes, ils ont quitté Paris : de Sanda aux disparus Michel Camus, Pierre Bettencourt ou encore Pierre Garnier qui vient de mourir emmenant avec lui une grande part de la poésie spatialiste.
jean-paul gavard-perret
Raoul Vaneigem (aka Jules-François Dupuis), Histoire désinvolte du Surréalisme, Paris, Libertalia, 2014, 154 p. – 13,00 €.