Prix Renaissance de la Nouvelle 2007
Pour la 16e édition du Prix Renaissance de la Nouvelle, le jury a de nouveau distingué un jeune auteur, Delphine Coulin
Depuis 1992, grâce à l’initiative de Michel Lambert et Carlo Masoni, la nouvelle francophone est mise à l’honneur à Ottignies-Louvain-la-Neuve : chaque année, un jury franco-belge d’écrivains émérites se rassemble afin de décerner officiellement le Prix Renaissance de la Nouvelle. En seize ans d’existence, ce prix s’est taillé une belle réputation d’exigence et d’honnêteté ; il est d’autant mieux reconnu par les auteurs et les éditeurs que sont relativement peu nombreux les prix de quelque envergure destinés aux seuls nouvellistes. Outre une distinction prestigieuse, il apporte au lauréat une récompense financière – aujourd’hui d’un montant de 3 000 euros, ce qui est appréciable quand on sait combien la condition d’écrivain – et de créateur en général – est souvent difficile sur le plan matériel. Si l’on ajoute à cela l’investissement personnel énorme qu’exige la préparation du prix de la part des organisateurs, le travail que fournissent les jurés, et la remarquable qualité d’accueil dont bénéficient les invités – je n’insisterai jamais assez sur la chaleur et la convivialité qui règnent à Ottignies, sur le confort extrême de l’hébergement offert par le Château de Limelette – on comprendra aisément que le Prix Renaissance de la Nouvelle est une machine à la fois lourde et complexe dont la pérennité puisse être menacée… À cet égard Michel Lambert s’était montré fort pessimiste l’an passé – voire alarmiste – et il n’avait pas hésité à annoncer que le prix risquait de n’être pas remis en 2007. Un sort qui eût été choquant pour une récompense dont l’échevin à la Culture David da Camara Gomes, qui ouvrit la cérémonie, s’attacha à souligner le prestige en mentionnant qu’il s’agissait du seul prix international voué au genre de la nouvelle et que ses concurrents étaient les prix de l’Académie française, de la Société des Gens de Lettres et le Goncourt. On pourrait en effet redouter pire comme « voisinage littéraire »…
Fort heureusement ses craintes ont été démenties et la ferme du Douaire accueillait, une fois de plus, une assistance nombreuse. Le président du jury a d’ailleurs expliqué, avec une joie tangible, que les cruels problèmes budgétaires évoqués lors de la précédente remise du prix étaient en passe d’être résolus et que, de ce fait, l’édition 2008 du prix pouvait s’envisager avec quelque sérénité. Au point que commencent à se cultiver les idées pour marquer dignement le vingtième anniversaire de cet appel annuel à la Renaissance de la Nouvelle…
L’échevin à la culture
et la lauréate
Le jury 2007, composé d’Alain Absire, Jean Claude Bologne, Georges-Olivier Châteaureynaud, Ghislain Cotton, Marie-Hélène Lafon, Michel Lambert et Claude Pujade-Renaud, a distingué, parmi les 28 recueils – envoyés par 21 éditeurs – Une seconde de plus, de Delphine Coulin. Six histoires de temps pas si brèves que cela qui, chacune à travers un petit morceau de la vie d’une femme, disent l’écoulement des secondes et des jours, la perte, puis les tentatives désespérées des personnages pour contrer l’inéluctable effacement des êtres, des sentiments, des souvenirs… On remarquera que, cette année encore, le jury a choisi d’encourager un tout jeune auteur : Une seconde de plus est le second livre de Delphine Coulin. Le premier, un roman intitulé Les Traces paru en 2004, avait déjà été remarqué.
La traditionnelle « mise à la question » de l’auteur par les membres du jury fut hélas un peu plus brève que de coutume, non que le livre suscitât peu de curiosité, mais deux des jurés – Alain Absire et Jean Claude Bologne – avaient été contraints de renoncer au week-end belge, nous privant ainsi de leurs piquantes interventions.
Pour présenter un livre de façon attrayante, il ne suffit pas d’en étudier le contenu ni d’en raconter la genèse ou les fondements – ni même d’en citer les plus belles phrases comme le fit Michel Lambert au cours de son allocution. Il faut amener le public au cœur de la substance vive du texte. C’est pour cela qu’à Ottignies, chaque remise de prix donne lieu à une lecture, presque toujours assurée par le comédien Jean-Marie Pétiniot. Celui-ci avait choisi, samedi soir, de lire la dernière nouvelle, « Les gouttes au bas des draps ». Un texte d’abord acéré et précis, qui glisse peu à peu vers l’onirisme et qui eût peut-être supporté une interprétation moins intense, où les mots n’auraient pas été assenés avec tant de force…
Cet émouvant moment littéraire se poursuivit par un « verre de l’amitié » pour se conclure un peu plus tard, comme tous les ans, par un dîner d’un extrême raffinement, servi avec la distinction souple et élégante d’un personnel diligent aux gestes sûrs, aussi léger dans ses évolutions de table en table que le serait une escouade d’ombres… Certains de ces vigiles aux yeux d’aigle prenaient garde qu’aucun verre ne restât vide trop longtemps tandis que d’autres jouaient de l’assiette comme une gymnaste de son ruban. Et pendant ce temps de chaleureuses discussions se nouaient autour des vastes tables circulaires, dont l’organisation est soigneusement repensée d’une année sur l’autre de façon à ce que le repas soit à chaque fois l’occasion de nouvelles rencontres. La soirée se prolongea fort tard ; des convives commencèrent de quitter la place, les tablées s’effilochèrent, jusqu’à ce que les derniers irréductibles de la conversation se séparassent.
La nuit, enfin, reprit ses droits morphéiques après que les uns et les autres se furent salués dans les ultimes bruissements de la desserte des tables. Une nuit écourtée, puis, tôt le matin, un petit-déjeuner couleur de roses qui avait le goût nostalgique des réjouissances achevées. Jusqu’à l’année prochaine…
isabelle roche
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Prix Renaissance de la Nouvelle 2007. Cérémonie officielle organisée le 12 mai en la Ferme du Douaire à Ottignies-Louvain-la-Neuve. |
