Plus vrai que nature

Plus vrai que nature

Alice adopte un chien virtuel et se met à l’aimer comme un vrai…

Dans les années 1990, l’apparition des Tamagotshi avait ému bien des parents. C’était un petit jeu électronique tenant dans le creux de la main et qui affichait sur son écran un animal dont il fallait s’occuper : le nourrir, le laver, le promener à des heures régulières « comme un vrai ». Mais si l’animal mourait, il fallait racheter un jeu.
Depuis, des animaux virtuels sont apparus sur Internet. Même pas besoin de télécharger, on peut nettoyer l’auge de son cochon préféré directement en ligne. Mais que se passe-t-il lorsque l’adorable chiot de synthèse vient bouleverser les sentiments du joueur ? C’est sur ce délicat propos que se fonde le roman de François David.
 
Alice est au début de « l’âge difficile » mais c’est une fille ouverte et sans histoire qui aime beaucoup les animaux comme d’autres enfants. Sous l’œil vigilant de ses parents elle utilise Internet à des fins pédagogiques pour augmenter ses notes en orthographe et en anglais. Mais bien sûr Alice a envie de surfer sur d’autres vagues et, à l’occasion de visites furtives, elle découvre « Animals », un site qui présente des animaux virtuels. D’abord prudente, Alice se contente d’utiliser micro et manettes quelques minutes par jour pour caresser les petites bêtes qui ont l’air si vraies et leur parler.
Le rêve de la jeune adolescente est de posséder un gros chien mais elle vit en appartement et possède déjà une chatte dont elle s’occupe avec tendresse. Les propositions d’adoptions sont tentantes et un chien en image ne peut gêner personne, contrairement à un animal de chair et de poils ; après avoir pris l’engagement de s’occuper sérieusement de son nouveau compagnon, Alice adopte un saint-bernard appelé Marsouy et lui rend visite quotidiennement toujours en cachette de ses parents.
Tout se passe bien jusqu’au moment où les parents d’Alice lui annoncent qu’ils partent en vacances chez tante Léa – qui a le gros défaut de ne pas posséder d’ordinateur…
 
Ce bref roman au rythme impeccable fonctionne sur le principe d’identification ; d’autant plus aisément qu’Alice est une adolescente ordinaire qui n’est pas accro aux jeux vidéos et utilise la toile avec circonspection. L’histoire est racontée du point de vue des parents dont on perçoit le désarroi face à la dépendance affective de leur fille. Le dialogue ne mène nulle part et le père, certain que sa fille a été manipulée, va s’attaquer aux racines du mal avec une brutalité sans doute nécessaire.
Même si le site « Animals » relève quelque peu de la science-fiction, le sujet en revanche est tout à fait d’actualité et ne peut que séduire les lecteurs.

patricia chatel

François David, Plus vrai que nature, Syros coll. « Tempo », juin 2006 – 80 p. 4.90 € A partir de 10 ans.

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