Plat net
Le marteau à pilon de l’écriture usine ses lignes (Louis-Ferdinand) par épanchement, épiphanie ou accident. De coups en coups, il forge et redresse une littérature négligente ou romantique. La technique devient objet de réflexion.
Son travail comble l’inspiration, la muse, la providence divine. La machine à emboutir ne cadenasse pour autant l’émotion. Elle la pile et l’épile, fait des poètes des Parnassiens voire Mallarmé lui-même (refusant le bleu de chauffe, il gardait son costard) : il trouva sa musique par cette essence bruitiste que d’aucuns restent impuissants à exprimer comme un sentiment, une attitude, un état psychologique, un phénomène de la nature, etc.
L’expression n’est donc jamais la propriété immanente de la musique mais de la mécanique. La raison d’être de celle-là est conditionnée par celle-ci. C’est un élément additionnel, une étiquette, un protocole, une tenue pour retourner à une émotion première conçue par écrasement et destruction. C’est un expressionnisme, un sacre du printemps, une pièce extrêmement savante et complexe, pleine d’une sauvagerie palpitante.
Elle laisse place au corps mais il surveille ses doigts : tout reste dans le domaine de l’implicite et la méconnaissance de telles conventions est dangereuse. Il est d’ailleurs facile d’identifier ceux qui ne comprennent pas grande chose d’un tel processus. Il maintient les dernières braises même parmi l’amour qui, vert de jalousie, explose en blanchissant avec ce bruit qui entame une symphonie.
jean-paul gavard-perret
Photo : Karen Fonteyne
