Pierre Patrolin, L’homme descend de la voiture

Pierre Patrolin, L’homme descend de la voiture

Pierre Patrolin : épousée et moteur, joie et douleur

Dès qu’il est ouvert, le nouveau « nouveau roman » de Pierre Patrolin, L’homme descend de la voiture, ne se quitte pas. Aimantée par des vagues de désirs troubles, la fiction à suspense (comme La montée des cendres mais de manière encore plus insidieuse) devient celles des obsessions esxacerbées. Elles permettent à l’auteur l’auscultation de l’objet qui fut le fétiche moderniste : l’automobile. Sa description – minutieuse au plus haut point – contribue à développer l’intrigue générale et les ramifications secondaires (qui progressivement se ramènent à elle). Elle crée un humour particulier mêlé à une adoration que n’aurait pas renié Picabia l’amateur d’automobiles. Cette présence mécanique à la fois tempère un temps et accentue en contraste la montée dramatique venant mettre à mal la paix de l’amour et d’un ménage.
L’écriture plonge d’abord dans les profondeurs de la voiture avant de renvoyer en celles du sombre héros. Les premières deviennent la métaphore agissante et obsédante des secondes avant que tout bascule et que la dévotion passe à la dévoration. Ventre maternel pour certains, objet phallique pour d’autres, la voiture reste ici la matrice de substrats d’activités psychiques inattendues. Ce bijou de famille les met dans de drôles de draps ou linceuls. A partir de l’automobile et de son « homme », Patrolin fabrique une cristallisation inédite, un « malgré tout quelque chose » témoin d’une civilisation chaoïde dans laquelle la femme avance encore armée de son charme ménager qui répond à l’adage « Sois belle et nettoie  » avant que tout se désagrège.

Pour autant, la définition du roman selon Castanet : « création absolue par perte de contact avec la vie » n’a jamais été aussi vraie que dans ce livre parfait en son genre (c’est-à-dire le mauvais donc le plus captivant). Moins que la fiction elle-même, ce sont ici les personnages qui perdent le contact à la vie puisque leur starter part en quenouille. Ceux qui jusque là rentraient à heures fixes dans leur havre de paix vont le transformer en une villa de style « Psychose ». Ils vont connaître le néant avant d’avoir compris le pourquoi de ceux ou ce qui l’ont engendrée. Celui qui fait de sa voiture un joujou d’amour va – pour reprendre la phrase centrale du Igitur de Mallarmé – « jouer dans les tombeaux ». Dans ce roman toxique, l e lecteur ne peut donc se reposer comme un ruisseau dans son lit. Et se levant le matin, nul ne sait s’il aura le même œil sur sa voiture dans son parking. Ou sur la femme qui dort près de lui.

jean-paul gavard-perret

Pierre Patrolin, L’homme descend de la voiture, P.O.L, Paris, 2014, 320 p. – 18,90 €.

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