Pierre-André Taguieff, Le Sens du progrès. Une approche historique et philosophique

Pierre-André Taguieff, Le Sens du progrès. Une approche historique et philosophique

Pierre-André Taguieff montre une fois de plus son talent pour rendre clairs et accessibles des débats complexes


Pierre-André Taguieff publie beaucoup. Jamais trop. Il a en effet ce talent rare de pouvoir toujours renouveler son approche des questions qui ne cessent de le tarauder. Ici, l’auteur revient sur un thème déjà abordé dans plusieurs de ses ouvrages antérieurs (dont L’Effacement de l’avenir, Galilée, 2000 ; Du progrès. Biographie d’une utopie moderne, Librio, 2001) : le progrès. Faut-il toujours aller dans son sens ? Sa mise en cause radicale est-elle plus pertinente ?

En mobilisant plus de quatre siècles d’histoire conceptuelle et politique de l’idée de progrès, en analysant les principales théorisations de cette notion – de Bacon à nos jours – Pierre-André Taguieff nous propose de repenser le progrès en s’interrogeant sur ce qu’il est approprié de conserver dans l’héritage progressiste. Il nous explique à quel point l’Occident est gagné par une crise sans précédent de l’idée de progrès qui, tout en se matérialisant dans les dernières décennies du XXe siècle, trouve certainement son origine dans la vision d’un « Progrès meurtrier » avec la Première Guerre mondiale. La perception d’une civilisation occidentale comme processus indéfini d’amélioration linéaire, continu et irréversible, voué à s’universaliser, est très fortement contestée. Évidemment, l’idée de progrès continue d’exister mais principalement sous la forme dégradée du goût du nouveau pour lui-même.

Ainsi, si la modernité occidentale s’est largement organisée autour de la « religion du Progrès », elle traverse une crise majeure de confiance en ses propres valeurs. Le danger le plus saisissant, sans aucun doute, réside selon l’auteur dans le fait que le lien social se reconstitue sur des bases communautaristes. La fascination exercée par le fondamentalisme islamique peut s’expliquer par l’épuisement de l’idée de progrès : l’islamisme fonctionne alors comme une sorte de religiosité de substitution à la « religion du Progrès ». Quelle est la solution ? Si Pierre-André Taguieff réclame une résistance citoyenne et républicaine, il nous livre également, à la fin de sa puissante étude, une citation énigmatique de Mikhaïl Lermontov : Il (…) suffit d’indiquer la maladie. Mais Dieu sait comment la traiter !
 
Le Sens du progrès est un ouvrage extrêmement intéressant, très bien documenté – la bibliographie est à elle seule passionnante – qui fait le point sur des questions essentielles. Pierre-André Taguieff a décidément l’art de rendre clairs et accessibles des débats complexes. Se faisant, il nous incite avec talent à vouloir comprendre le monde qui nous entoure…

eric keslassy

   
 

Pierre-André Taguieff, Le Sens du progrès. Une approche historique et philosophique, Flammarion, 2004, 496 p. – 24 €.

 
     
 

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