Philippe Sollers, Discours parfait

Philippe Sollers, Discours parfait

Un recueil bien imparfait

Ce recueil d’essais, de préfaces et d’entretiens fait suite à La Guerre du goût et à Éloge de l’infini. L’on n’y trouve que très peu de textes vraiment inédits, la plupart ayant déjà paru chez d’autres éditeurs ou en revue. Le volume s’ouvre sur un long essai très appréciable, Fleurs, où Sollers nous fait parcourir un corpus d’œuvres littéraires ou picturales qui ont en commun l’attention portée aux images florales – promenade parfumée et haute en couleur avec un guide érudit, qui sait montrer en quoi la représentation des fleurs révèle l’essence d’un créateur.
Hélas, après cette centaine de pages délectables, le lecteur commence à être déçu, puis ennuyé, puis gêné pour l’auteur qui a jugé bon de recycler une kyrielle de textes dont le niveau oscille sans jamais atteindre celui du morceau de choix placé en premier.

Les mêmes idées, et (trop souvent) les mêmes citations reviennent à travers des dizaines d’articulets et d’interviews, qui ont aussi en commun la posture qu’y prend Sollers, celle d’un « penseur » parfaitement satisfait de lui-même. Au bout de trois cents pages, l’on en arrive à se demander comment un écrivain expérimenté peut manquer de jugement (auto)critique au point de se jouer un tour pareil, étant donné que les redites continuelles sur les mêmes thèmes – la volonté de jouir, l’importance des grands auteurs d’autrefois, le nihilisme qui règne de nos jours -, produisent un effet pire que de lasser, rendant toujours plus frappant le manque d’originalité de la « pensée » de Sollers.
De fait, on cherche en vain, parmi les idées qui lui sont chères, quelque chose qui n’ait pas déjà été formulé (souvent mieux) et défendu par d’autres, notamment par Pascal Quignard dont les propos sur les littératures du passé et sur l’érotisme sont à la fois plus originaux et plus approfondis.

 

Par ailleurs, les entretiens de Sollers abondent en phrases propres à faire rire : « Bien entendu, il n’y a jamais eu de libération sexuelle démocratique. Je peux néanmoins vous parler de celle de Philippe Sollers. » (p. 792) ; « Avec Une vie divine, j’ai conscience d’avoir écrit moi aussi mon meilleur livre, dans la meilleure des formes. Il est daté du 30 septembre 118, d’après le calendrier édicté par Nietzsche en 1888, date définie comme l’an I du Salut. J’abandonne le calendrier chrétien. Il ne me convient pas. » (p. 800) ; « Il n’y a pas d’autre Révolution française que celle dont je parle. » (p. 821), ou : « Ces phénomènes : Haenel, Meyronnis, Littel, Houellebecq, vous me permettrez d’ajouter Sollers, sont exactement contemporains. Qui arriverait à se rendre compte d’une telle contemporanéité saisirait la littérature dans son point le plus vif, non pas la piteuse “littérature-monde″ francophone, mais une littérature-esprit. » (p. 823).
Si quelqu’un s’interroge au sujet d’Haenel et Meyronnis, il serait utile de lui faire noter que ces têtes de liste de la « littérature-esprit » sont précisément les intervieweurs auxquels Sollers a confié ce dernier propos (et nombre d’autres).
On ne peut guère être mieux desservi que par soi-même et ses propres fidèles.

agathe de lastyns

   
 

Philippe Sollers, Discours parfait, Gallimard, décembre 2009, 918 p. – 29,90 €

 

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