Philippe Foerster & Philippe Berthet, Chiens de prairie
Une belle approche du genre
Cette histoire bénéficie d’une belle réédition de la part des Éditions Anspach avec une présentation presque luxueuse. Sa première parution date de novembre 1996 chez Delcourt.
C’est à Deadwood, ce 26 juillet 1876, que Calamity Jane commence un journal pour Janey, sa fille, qu’elle a envoyé vers l’Est. Elle écrit, même si elle pense qu’il ne parviendra sans doute jamais à sa destinataire.
Elle conduit des enfants à l’orphelinat de Rapid City quand elle rencontre J.B. Bone. C‘est un ivrogne, un pilleur de banques, un tueur, mais elle l’aime bien car il l’a tirée de plus d’un mauvais pas.
Bone tire le cercueil de son ami Ben Donnigan, tué après le braquage d’une banque. Bone lui avait promis de l’enterrer à côté de la tombe de sa bien-aimée, dans la Nevada. Calamity le met en garde car sa tête est mise à prix pour une somme considérable et nombre de chasseurs de primes sont mobilisés.
Au matin, quand ils reprennent leur route, Calamity oublie Moïse, un jeune garçon sourd-muet. Celui-ci suit Bone qui ne veut pas s’encombrer de ce qu’il considère comme une charge. Il finit, cependant, par accepter sa présence.vParmi les poursuivants les plus acharnés se trouve Salomon, le fils du juge Wallace qui s’était surnommé Le Marteau de Dieu. Il traque en compagnie de Moïra, sa sœur. Il persuade tout un groupe qu’il y a gros à gagner de s’emparer de Bone car…
Les deux auteurs avaient déjà collaboré quelques huit ans auparavant pour L’Œil du Chasseur (Champaka – 1988, Anspach – 2021), un polar sombre. Berthet enchaîne alors les trois albums de Pin-up, cent trente-deux planches pour une histoire qui se déroule dans les grandes villes américaines pendant la Seconde Guerre mondiale. Il a besoin de changer de décor. Il aspire à mettre en images des grands espaces, la nature. Il convainc Philippe Foerster, que le western titillait, d’écrire une histoire dans l’Ouest américain. Celui-ci venait de terminer la lecture de Lettres de Calamity Jane à sa fille, des courriers authentiques où elle raconte son vécu, sa solitude, ne croisant que des brutes et des sauvages, mais ne voulant pas d’un autre cadre de vie.
Avec ce personnage authentique, avec quelques autres références comme le général Custer, la mort de Wild Bill Hickock, le scénariste conçoit un récit ancré dans une réalité où sa fiction trouve toute sa place. Il en tire un récit magnifique, avec des personnages forts, porteurs de secrets plus ou moins horribles que l’on découvre dans une conclusion dantesque teintée d’une belle ironie.
Il met en scène un prédicateur n’ayant que des paroles bibliques, citant son dieu sans cesse, ne parlant que de religion pour faire commettre l’horreur, la barbarie.
Philippe Berthet use de son trait si aisément reconnaissable pour mettre en images cette histoire de traque, de vengeance, de mort et d’amour. Il campe ses protagonistes de belle manière, les dotant d’une belle expressivité et gestuelle. Les chevaux sont mis en scène avec brio comme les actions plus ou moins brutales des protagonistes.
Les couleurs sont de Dominique David. Il restitue ces teintes assez uniformes que les colons devaient porter. La fantaisie d’aujourd’hui ne devait pas être de mise, renforcée par un puritanisme de circonstances.
C’est une riche idée que rééditer cette histoire de ces deux auteurs. On peut mesurer le talent dont ils faisaient montre dès le début de leur carrière. Une belle réussite scénaristique et graphique.
À découvrir ou à redécouvrir !
serge perraud
Philippe Foerster (scénario), Philippe Berthet (dessin) & Dominique David (couleurs), Chiens de prairie, Éditions Anspach, mai 2025, 64 p. – 16,50 €.