Philippe Clerc, Johannes, Hermann
Philippe Clerc est un poète (et artiste) d’exception. Entre minimalisme et flot verbal, ses textes avancent à grande vitesse. Parfois, des tableaux sont accrochés entre deux pages comme aux murs d’un couloir. Celui-ci mène à une mer morte où aux cadavres de lave de Pompéi. Une princesse y est encore enfermée dans un placard avec ses bijoux de famille. Un âne saisi de vertige tombe de la falaise. Des hommes marchent, des enfants dorment, une femme aux cheveux blancs abuse de ses charmes.
Le lecteur semble plonger dans un rêve ou plutôt un cauchemar. Philippe Clerc tire sur sa corde, noie de détails pour mieux plonger la tête sous l’eau. Duras elle-même n’y retrouverait plus ses ouailles et son vice-consul. On est soudain en Italie, à Cannes, à Menton (donc pas très loin) mais parfois au Sénégal. Un ange animal vole à la dérive. Il parle allemand au-dessus d’un cimetière, de ses morts et d’une famille aimante. Des femmes pique-niquent pas très loin de là. Elles sont servies par un nain. A la fin du repas, il ramasse les boîtes de conserves vides. Un train passe. De la portière un voyageur lance une bouteille de Gin à l’auteur. Mais c’est son chien qui la vide : tel un simple d’esprit il bascule de son séant.
Le texte ne cesse de s’endiabler, fait l’ange ou la bête mais reste toujours un vrai Judas en ses lignes de figues noires dont la couleur monte au ciel. Dieu n’y est plus. Il marche le long du fleuve, parle aux merles moqueurs et porte un sac rempli de pierres qui ravirait Beckett. L’étrange ne peut plus s’assoupir. Qu’importe si une femme s’éloigne en fiacre. D’autres viennent s’étendre sur un divan qui n’a rien de psychanalytique. Elles y jouent à la crapette sans faire pénitence tandis que des hommes âgés leur tiennent la main. Il suffit alors de fermer les yeux pour rentrer dans la transe d’une telle navette.
D’autant que – âge venant – Philippe Clerc est de moins en moins sage, il retire d’un doigt la balle qui vient de transpercer un corps mais c’est le lecteur qui tombe à la renverse avant de retrouver dans chaque poème une femme qui le salue ou le gifle. Il n’en demande pas plus. D’autant que lorsqu’il tente de nager, il s’aperçoit que ses cuisses étant arrachées – cela lui coupe les jambes. Il restera donc immobile devant une poésie chirurgicale. Elle lui permet de s’envoler tout autant.
jean-paul gavard-perret
Philippe Clerc, Johannes, Hermann, Flammarion, 2014, 184 p. – 16,00 €.

2 réflexions sur « Philippe Clerc, Johannes, Hermann »
Bonjour,
je suis doctorant et je travaille sur la poésie actuelle. j’ai besoin de contacter le poète, Philippe Clerc. Pourriez-vous m’aider en me passant son courrier électronique ou son adresse?
Je vous remercie d’avance pour l’attention que vous allez porter sur ma demande.
bonjour,
désolé,non mais vous devriez contacter ses maisons d’édition
cdlmt,
la redaction