Peter Robinson, Bad Boy
Conviendra aux amateurs de bons polars
Contrairement à ses collègues plus médiatisés, Peter Robinson, qui partage son temps entre son Yorkshire natal et le Canada, n’a pas connu de starification fulgurante. Les amateurs de polar connaissent et apprécient néanmoins depuis longtemps ses romans, dans lesquels le très humain inspecteur Banks fait équipe avec la vulnérable Annie Cabbot.
Dans Bad Boy, son onzième roman traduit en français, Tracy, la fille d’Alan Banks, tombe sous le charme du séduisant petit-ami de sa colocataire. Mais ce Jaffar se révèle bien vite sous son véritable aspect, un individu égoïste et dangereux qui n’hésite pas à tirer de sang-froid sur une policière. Il embarque Tracy dans une cavale entre Leeds et Londres, avec les gros bras du caïd local de la drogue d’une part et la police d’autre part, à leurs trousses. L’inspecteur Banks, qui rentre de vacances aux Etats-Unis, apprend que sa partenaire est entre la vie et la mort et que sa fille est en grand danger.
Ce qui donne son caractère à part à l’oeuvre de Robinson, c’est avant tout la précision de ses intrigues. Attendez-vous à être convié à un cours magistral en la matière. Cette remarque n’enlève rien cependant au centre de gravité du roman, son vaillant personnage principal, Alan Banks, qui, chose remarquable, est quasi absent de tout le début du roman.
Il cède ainsi une place confortable à une ribanbelle de personnages secondaires : le commissaire Catherine Gervaise, l’agent Winsome, l’agent Nerys Powell – jeune policière qui en pince pour Annie – les affreux jojos de la police, Chambers et Trethowan…
Robinson sait donner à chacun de ses officiers des motivations crédibles, il sait aussi parfaitement où il va de bout en bout, alternant thriller psychologique et passages beaucoup plus enlevés. Il ancre son intrigue dans son époque à travers les séries télévisées que toute l’Angleterre suit, les livres ou la musique qu’affectionnent ses personnages.
Mais les aspects les plus importants du roman sont hors du temps, ce sont les paysages merveilleusements décrits du Yorkshire et les relations qu’entretiennent ses héros. La fille de Banks, qui se fait appeler Francesca parce qu’elle trouve cela plus classieux, est pleine de ressentiment pour un père qui semble lui préférer sa rock star de frère. Banks lui-même, tout juste remis d’une histoire de coeur traumatisante, accepte une nuit d’amour avec une belle inconnue, et laisse enfin ses sentiments pour Annie Cabbot affleurer. Quand au troublant Jaffar McCready, le kidnappeur de Tracy, sa complexité – il est à la fois cruel et vulnérable, odieux et attirant – est parfaitement construite. Et en ce qui concerne les vrais méchants de l’histoire, si la description des horreurs qu’ils ont fait subir à une jeune femme est réaliste et sans concessions, Robinson ne la laisse pas tomber dans les excès que d’autres n’auraient pas renié.
En parfait connaisseur de son art et de son lectorat, Robinson produit un roman de qualité. Mais que ceux qui aiment se torturer les méninges à deviner qui est le coupable se résignent : pas de suspense en ce sens ici. La tension vient plutôt des méandres de l’intrigue et de l’inquiétude qui est suscitée pour la survie des personnages. Certains développements sont certes prévisibles, mais il reste suffisamment de surprises pour captiver.
Si l’on considère Bad Boy en tant que roman, c’est un polar qu’on ne qualifiera pas d’excellent mais assurément de bon. En revanche, comme partie du corpus « Inspecteur Banks », il constitue un tournant intéressant dans l’évolution d’un personnage décidément fort attachant.
agathe de lastyns
Peter Robinson, Bad Boy, traduit de l’anglais par Marina Boraso, coll. « Spécial Suspense », Albin Michel, mars 2011, 406 p.- 19,90 €