Paul Celan, Entretien dans la montagne

Paul Celan, Entretien dans la montagne

Si les vivants parlent, les morts nous interpellent

Composé en août 1959, l’Entretien dans la montagne fut publié dans la revue « L’Ephémère ». Il a été écrit en souvenir d’une rencontre manquée avec Theodor W. Adorno, qui aurait dû avoir lieu en juillet 1959 à Sils Maria. Ce texte est l’un des très rares écrits en prose de Celan et occupe une place centrale dans son œuvre. Il constitue la clef de la poétique de Paul Celan, autant qu’une méditation sur le destin juif et une réponse à la formule d’Adorno selon laquelle (mais il la nuancera) il était « barbare » d’écrire des poèmes après Auschwitz.
Pour Celan, au contraire, le langage frappé au plus intime de ses pouvoirs peut renaître, mais pas n’importe comment : « Quelle démangeaison de parler ! Au point d’en avoir, à cette heure même, comme la langue incertaine contre les dents se presse et que la lèvre s’arrondit peu, chose encore à se dire ! Bon, qu’ils ¬parlent donc… ». Il convient donc de savoir d’où et pourquoi l’on parle. L’auteur y trace divers chemin de lui à lui, du je au tu, du tu au il et du il au je .

Tout se joue dans le trou de l’Histoire et l’Absence qu’elle créa. Jusqu’à la peur de parler comme à l’inverse de celle du silence afin d’assumer jusqu’au bout sa propre culpabilité qui finira par avoir raison du poète incapable d’assumer au nom des siens et selon des raisons que les historiens n’ont pas encore osé mettre au jour.
Car si les vivants parlent, les morts nous interpellent. Par l’intercession de Celan, ils attendent la reconnaissance d’une complicité dans la barbarie des uns et la sainteté des autres. Il faut donc considérer l’œuvre non comme un reposoir mais une catacombe où le conscient traque l’inconscient collectif.

jean-paul gavard-perret

Paul Celan, Entretien dans la montagne, Traduction d’André du Bouchet & de John E. Jackson, Encres de Pierre Tal Coat, Fata Morgana Editions, Fontfroide le Haut, 2017, 32 p.

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