Patrick Gale, Jusqu’au dernier jour

Patrick Gale, Jusqu’au dernier jour

Une histoire remarquablement banale

Patrick Gale, observateur perspicace du quotidien, mêle volontiers petits plaisirs et petits gestes inlassablement répétés, à des thèmes moins conventionnels (la sexualité des handicapés, le rapport à la déchéance des corps). Jusqu’au dernier jour, son quinzième roman, raconte une histoire remarquablement simple, voire banale, et ancrée dans la réalité, y compris la plus triviale.
Laura, la quarantaine, a abandonné la vie indépendante faite d’aventures sans lendemain qu’elle menait à Paris pour s’occuper de sa vieille mère à Winchester. Son modeste salaire de comptable l’oblige à vivre dans la demeure maternelle, et donc au rythme imposé par l’excentrique Pr Jellicoe, ancien ponte en virologie, naturiste et vive d’esprit. Sa rencontre fortuite, dans les couloirs de l’hôpital, avec son petit-ami des années fac fait remonter à la surface des sentiments enfouis depuis longtemps.
En acceptant l’invitation à dîner de celui qui, spécialiste reconnu du VIH à Londres, a accepté un poste peu reluisant à Winchester pour se rapprocher de son frère handicapé, Laura met en péril son petit train-train bien huilé pour replonger dans les remous amoureux. Car Ben utilise l’obligation familiale qui l’éloigne de Londres pour réfléchir au sens de son mariage. Il a épousé la belle Chloe, sorte de trophée qu’il exhibait à son bras mais n’a jamais réussi à aimer.

Le roman remonte le cours de leur histoire, commune ou individuelle, le schéma narratif rapprochant irrémédiablement les deux êtres en se tissant autour d’une journée d’été. Mais Patrick Gale fait un usage très relâché du temps : les décennies se croisent et se rencontrent sans que jamais il ne recoure au flashback explicite. Et pourtant, ce voyage dans le temps est efficacement mené, si bien que seuls les titres des chapitres rappellent au lecteur l’unique journée qui encadre le roman. L’entremêlement des époques n’apparaît au fond que rétrospectivement.

Une histoire d’amour rendue impossible par les contingences matérielles et l’incapacité de l’homme à vivre selon son cœur, intelligemment construite et, même s’il se passe peu de choses dans ce roman, comme dans la vraie vie, passionnante à bien des égards.

agathe de lastyns

 

   
 

Patrick Gale, Jusqu’au dernier jour, traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Isabelle Caron, Belfond, avril 2011, 264 p. – 18,00 €

 
     

 

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