Patrick Chauvel, Rapporteur de Guerre

Patrick Chauvel, Rapporteur de Guerre

Un livre qui s’adresse au plus grand nombre et témoigne d’une vie passée à photographier la guerre et ceux qui la font

Rapporteur de Guerre est un choc. Un choc, parce qu’au-delà des shows à la CNN et de la distance sécurisante des reportages du « 20 heures », Patrick Chauvel rappelle que la guerre existe, et que là où sont les hommes, le chaos et l’horreur ne sont peut-être jamais bien loin. Un témoin de la misère et de la grandeur de l’homme. Et de son incroyable cruauté, comme le dit Pierre Schoendoerffer dans la préface du livre : voilà ce qu’est devenu Chauvel après plus de 35 ans à photographier les guerres qui déchirent la planète. Un témoin ! Un révélateur de vrai ! Un empêcheur d’oubli ! Il fut de tous les conflits et de tous les désastres : du Vietnam à la Tchétchénie, d’Israël à l’Irlande, du Liban à la Yougoslavie…
Il a assisté à tous ces drames et les livre bruts à son lecteur, sans fioritures, ni esthétisme. Il les livre clichés après clichés, avec parfois un zoom sur un événement plus marquant – ou plus gênant – que les autres, en bon photographe de guerre qu’il ne cesse d’être tout au long de ces pages.

Pourtant, au fil de la lecture, l’on ne peut s’empêcher de penser que cet ouvrage complète et renforce le travail du photographe, et donne à ressentir plutôt qu’à voir. Il ne s’agit cependant pas de donner dans la grande écriture, et encore moins dans l’analyse. Rapporteur de Guerre n’est pas un livre d’histoire, ni de géopolitique. C’est un livre écrit au présent, qui s’adresse au plus grand nombre, et qui témoigne simplement d’une vie passée à photographier la guerre et ceux qui la font. Chauvel fut lui-même plusieurs fois blessé et emprisonné. Une fois, il s’est même retrouvé face à un peloton d’exécution !
Aussi, il arrive que dans le livre, face à l’horreur et la détresse mais aussi à cause des liens intenses qui se nouent entre les êtres qui partagent le même impératif de survie, la prise de distance ne soit plus possible. C’est alors aux autres, à ceux qui font la guerre ou qui en sont victimes, de rappeler au photographe : Il faut que tu racontes tout, comme le fait cet étudiant iranien, en 1979, au moment de la chute du Shah.

Rapporteur de Guerre est un livre écrit par un homme qui a vécu son métier avec passion, et qui n’a jamais cessé de s’interroger sur le rôle et la place du journaliste face aux événements auxquels il assiste. A 20 ans, Chauvel n’était pourtant qu’un jeune chien fou, ébloui par les exploits de son père – un grand de la presse écrite ! -, et qui cherchait plus à vivre l’histoire avec un grand H que de rendre compte de ce qu’il voyait. Très vite, pourtant, son récit dépasse le risque – ou la tentation – du déballage complaisant d’une vie d’aventures, pour au contraire suggérer le cheminement intérieur d’un homme honnête. Pas bien cultivé, élevé par à-coups, je manque de références.
Tel est le constat que Chauvel fait de lui-même, lorsque, encore tout jeune homme, il se remet d’une blessure dans un hôpital cambodgien. Toutefois, peu à peu, confronté à l’arbitraire de la guerre et aux drames humains qu’elle entraîne dans son sillage, Chauvel comprend la responsabilité qu’implique le simple fait de raconter. Et c’est finalement un homme gagné par la modestie et l’humilité qui conclut son récit en témoin, qui a fait ce qu’il a pu, comme il le reconnaît lui-même, pour ne plus jamais entendre dire : « On ne savait pas ! »

Joevin Canet

   
 

Patrick Chauvel, Rapporteur de Guerre, Oh Edition, 2003, 295 p. 19,90 €.

 
     

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