Patricia MacDonald, Rapt de nuit

Patricia MacDonald, Rapt de nuit

Vingt ans après un drame, les tests ADN viennent semer le doute et la zizanie dans une petite communauté.

Treizième roman dans la collection « Spécial suspense », Rapt de nuit ne déroge pas à la règle que s’est fixée Patricia MacDonald depuis maintenant presque trente années. Patricia MacDonald et Mary Higgins Clark sont les reines du domestic thriller. Mais comme le fait justement remarquer le critique Michel Amelin, MHC éclate la cellule familiale de l’extérieur, tandis que PMD la fait également s’éclater de l’intérieur. Rapt de nuit confirme cette supériorité paradoxale de PMD. Pourquoi paradoxale ? Eh bien parce que la renommée de l’une (MHC) dépasse de très loin celle de l’autre (PMD). Et la raison n’en saurait être limitée à ce que PMD dit et assume. À savoir que c’est son refus d’avoir un héros récurrent qui lui interdit le véritable succès qu’elle devrait recueillir…

Une sortie familiale tourne au drame, le soir, dans la forêt, sous une tente, quand Jake, le grand frère, décide d’aller s’amuser avec des filles, laissant seules ses deux petites sœurs. Un homme déchire la tente et enlève une des deux sœurs, laissant l’autre terrifiée. Le cadavre est très vite retrouvé. La description du coupable faite par la petite Tess aboutit à l’arrestation d’un suspect, un attardé mental, obsédé sexuel, qui finit sur la chaise électrique. Vingt ans plus tard, la mère du coupable, après des années de lutte, parvient à ses fins : on va effectuer des tests ADN sur les vêtements de la victime. L’homme condamné à mort est innocent ! Aussitôt, les regards malveillants se dirigent vers Tess, devenue adulte, et accusée d’avoir amené un innocent à la mort par menterie. Tess, qui a adopté un enfant turbulent, est sûre, pourtant, d’avoir bien identifié le ravisseur. De retour sur les lieux du drame, elle est obligée d’enquêter elle-même : le shérif de la ville n’est autre que le cousin du meurtrier !

Dans Rapt de nuit, les huis-clos sont nombreux et s’encastrent les uns dans les autres. Le silence fait régner la terreur. D’honnêtes citoyens sont des bourreaux dans leurs familles. Alors quand il s’agit de découvrir le véritable meurtrier de la sœur de Tess, on ne peut se fier à personne. Surtout s’il s’agit d’un bel avocat célibataire. Dans le même temps, à mesure que le passé resurgit, les tensions deviennent de plus en plus présentes dans la famille de Tess. Cette dernière reproche à son frère de n’avoir jamais éprouvé la moindre culpabilité d’avoir momentanément abandonné les deux fillettes la nuit du rapt… De menus incidents aboutissent à un clash familial. Lorsque son fils adoptif la traite de menteuse, Tess touche le fond. Seule sa mère semble en mesure de l’aider sérieusement. Les quelques indices disséminés de-ci de-là vont pourtant amener une nouvelle orientation à l’enquête personnelle de Tess. Mais, pour cela, il va falloir fouiller dans la mémoire des habitants du coin. Et ce ne sera pas une chose facile. D’autant que déterrer des secrets terribles n’est jamais bien vu.

julien vedrenne

   
 

Patricia MacDonald, Rapt de nuit (roman traduit de l’américain par Nicole Hibert), Albin Michel coll. « Spécial suspense », janvier 2008, 400 p. – 21,50 €.

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