Panne urge
Lui apporte une bouteille et les deux mangent aux chandelles. Discrets, ils ont glissé leur alliance de leur annulaire. L’homme rêve de manger l’agnelle mais, pour l’heure, elle reste puritaine avec un chemisier ciel et met du gel au besoin. Certes, son mari trouve qu’elle porte des cheveux trop longs et ses robes pas assez. Mais avec le tranchant du couteau, les amants dévorent fegatellas sur échalotes confites et un onglet exigé bleu.
A sa Dame licorne, il lance d’abord « Monamour » même si, lors de leurs premiers émois, il avait peur de poser sa main sur la sienne. Puis d’un beau lapsus de Segalen (« Ma mère vient de m’ouvrir » en lieu et place « de mourir »), il soupire « Mamaman » – gouttes de sueur sur le visage comme si venant à elle il portait une grosse valise. De Pétoche & Bobard, saurait-on dire qui est l’un, qui est l’autre ? Mais l’aimée sait que la bête fait l’ange et abuse de lui. Et s’il la prend pour sa mère, il n’est fils de rien. Certaines femmes fermeraient les yeux. Elle pas : comme ça tourne bien, elle mijote son curry.
En tout état de cause, l’ange enfile sa Pietà comme une pantoufle. Leur lit est presque une planche à pain. L’amant masse sa fourrure, elle, découvre sa vulve rouge à l’aide de ses ongles peints. A elle de recevoir les contrecoups de leur plissement alpin. Au dernier round, elle remonte sur ses pieds et prend soin de se retirer dans la salle de bains – verrou de porcelaine et plaque de propreté.
jean-paul gavard-perret
Photo : Gilles Berquet