Olivier Smolders, La Part de l’ombre
Nouvelle perle d’un éditeur trop discret, ce texte est une démarche à lui tout seul et marque l’entrée de son auteur dans une phase constructiviste
Nul besoin de connaître les films d’Olivier Smolders pour lire ce recueil fait de notes, de réflexions, de synopsis et de textes intégraux de ses productions. L’auteur a une plume et il s’en sert fort bien. L’univers qui est le sien transpire à chaque page et l’on compulse avec délices cet ensemble, mélange d’intimités dont on se prend à être le voyeur, comme au cinéma. Tourner un feuillet c’est se retrouver face à de nouvelles surprises, apprécier ses ébauches d’ambiances au même titre que ses passages pleins d’une philosophie toute contemporaine. Parallèlement, on s’égare dans les clichés photographiques émaillant le texte. Ils accrochent l’œil au sortir d’une phrase pour ne plus le lâcher et mieux l’introduire dans les pensées de l’auteur.
Mais peut-on, doit-on dire auteur ou cinéaste ? Question qui a son importance car Olivier Smolders est un funambule ; à la croisée des deux univers il utilise la caméra pour chercher la littérature et interroge ses propres productions à travers l’écriture. À la croisée des chemins, il expose ses doutes, ses frustrations mais aussi son ravissement, lorsque l’objectif est atteint et qu’un aspect au départ laissé pour compte crève l’écran et devient un instant de grâce, ce moment mythique recherché par tous et si dur à atteindre. Cinéaste pas ordinaire, il souhaite provoquer une rencontre entre ses films et un public mouvant. Sa confrontation est partiellement le fruit de cet ouvrage, tout se poursuivant via ce médium : le dernier texte est le support de son premier long métrage, en cours de tournage. Mais quoi de plus normal finalement pour un livre paraissant dans la collection nommée « Traverses » ?
Intellectuel humble, cinéaste discret, l’homme a tout pour plaire. Pourtant ses productions sont tourmentées et se veulent dérangeantes. Difficile de coller une étiquette sur cette réunion disparate d’écrits, mais paradoxalement, le livre aurait été incomplet sans l’un d’eux. C’est un sentiment étrange qui étreint le lecteur arrivé à la dernière page et il constate que le titre prend tous ses sens et on serait tenté de croire que le terme de polysémie a été inventé sur mesure pour lui. Ce trait d’esprit est un révélateur de l’humour qui se cache au détour des phrases ou dans les lectures possibles des images. Cet esprit ne se limite pas aux stéréotypes et n’est pas ici confiné aux emballages de sucreries. À vrai dire, c’est plutôt son sel qui est recherché. Construction patiente d’un rêveur à la fois entomologiste et observateur minutieux de son entourage humain, le monde présenté ainsi semble gagner en consistance vu par les yeux d’Olivier Smolders.
On soulignera d’un trait double la qualité de la langue employée, à l’opposé de celle des blockbusters trop digestes. L’écriture est sérieuse, réfléchie, tirée à quatre épingles. On sent le respect de l’esthète envers la chose écrite. On s’étonnera alors des quelques fautes laissées et d’une inversion de pages, venant inopinément divertir le lecteur. Ceci dit, cet éditeur bruxellois nous a habitués à un tel degré de finition qu’on l’excusera d’autant plus aisément.
Accessible à tous, chaudement recommandé aux cinéphiles, cet opus est une réflexion sans détours sur l’acte de filmer comme une totale remise en question du cinéaste et de son rôle. Son approche est originale et elle se distingue d’autant des textes portant sur le domaine. À savourer.
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anabel delage
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Olivier Smolders, La Part de l’ombre, Les Impressions Nouvelles coll. « Traverses », 2005, 154 p. – 18,00 €. |
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