Olivia Rosenthal, On n’est pas là pour disparaître
Avec tact et simplicté, Olivia Rosenthal a su trouver les mots pour évoquer la terrible Maladie de A
Prix Wepler-Fondation La Poste 2007
Il y a certaines expériences qui ne se racontent pas, qui n’ont pas de mot, qui sont, par essence, inexprimables. Pour un écrivain, s’attacher à retranscrire la sensation provoquée par la perte de la mémoire, la perte de l’identité, peut ainsi sembler un défi impossible.
C’est pourtant avec courage et humilité qu’Olivia Rosenthal affronte la maladie de A. dans son dernier ouvrage, On n’est pas là pour disparaître, paru aux éditions Verticales et qui vient d’obtenir le prix Wepler-Fondation La Poste 2007.
Dans un territoire brumeux, entre la fiction, la réflexion et le témoignage, l’écrivain nous emmène sur le chemin de nos peurs, nous prend par la main afin de s’accoutumer, avec nous, à l’idée que je pourrais être un jour ou l’autre atteinte de la maladie de A. ou que, plus terrible encore, la personne avec qui je vis pourrais en être atteinte.
Et pour s’accoutumer à la plus terrifiante des possibilités, que faire ? Olivia Rosenthal choisit de se glisser dans la peau de Monsieur T. qui perd ses mots et qui, un jour de juillet 2004 a poignardé sa femme de cinq coups de couteau. La parole hésitante et poétique de ce personnage et de ses proches, femme et enfant, est entrecoupée de réflexions douces-amères de l’auteur sur la maladie de A. en tant que phénomène clinique, sur la vie du tristement célèbre docteur Alois Alzheimer, et sur elle-même, sur sa démarche d’écrivain.
Je défie quiconque d’avoir envie d’écrire sur la maladie de A.
Je défie tous ceux qui veulent voudraient pourraient écrire sur cette maladie d’en avoir envie
Je n’ai pas envie d’écrire sur la maladie de A. et mon corps me le dit.
Que vais-je faire avec ce corps rétif, avec ce corps raide et crispé et tendu qui se refuse à mes envies ?
Je vais écrire sur la maladie de A.
Olivia Rosenthal écrit On n’est pas là pour disparaître presque contre elle-même mais ce faisant, elle nous offre un portrait humain, apaisé, d’une maladie dont la seule idée nous hérisse. Elle tend la main à son lecteur, elle partage avec lui ses angoisses, et on sort presque serein d’une lecture qu’on appréhendait, qu’on pensait éprouvante. Sans tomber jamais dans le défaitisme, sans céder à la peur panique que provoque en tout être humain la perte de la mémoire qui semble réduire l’homme à l’état de simple enveloppe, ce livre touchant est écrit en une langue aussi simple que percutante qui laisse le lecteur à la fois ému, presque rassuré et infiniment reconnaissant.
l. dauzier
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Olivia Rosenthal, On n’est pas là pour disparaître, éditions Verticales, août 2007, 215 p. – 16,50 €. |
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