Nicolas Pesquès, La Face Nord de Juliau
Colline
Apparemment, en 2024, avec La face nord de Juliau, dix-neuf (Poésie /Flammarion), Nicolas Pesquès bouclait une entreprise de très longue haleine démarrée en 1980. Mais ce nouveau livre approche d’une synthèse. Est assemblé un vaste chantier à la frontière de la poésie et du journal au sujet duquel, écrit l’auteur, « il est difficile de rendre compte en peu de mots de cet « effort d’écriture » qui se lit sans effort – il suffit de rester concentré – tant ce qui s’y déploie est concret, physique, partageable : à chacun son motif, sa colline, ardéchoise ou non peu importe, un dialogue s’établit progressivement de lieu à lieu, à distance et pourtant au plus près de ce qui a été déposé sur le papier. »
Sur les dernières pages du dix-neuvième livre, l’auteur finit par relever les premiers mots du tout premier, sous-titré « Tombeau de Cézanne » : « Face à l’inconnu, à ce qui toujours résiste et reste à dire, le désir vient du harcèlement et de l’obstination… du retour entêté, d’assaut en assaut, vers cela : l’inépuisable, l’inachevable, ce qui appelle sans cesse un peu plus de patience, ce qui réclame une force de ressassement qui ne doit être qu’élan et porter par son flux ». D’où en écho les mots de Pesquès. Ils sont lancinants de l’approche et, dans l’approche, de l’écart, de l’inassouvi de toute proximité. Face à l’inconnu, l’auteur crée l’inlassable répétition d’une hargne têtue pour faire naître ce qui est, à dire encore les recommencements d’une même chose.
Ce « comment c’est » avance pas à pas : à tâtons, poursuivant son dessin à travers de longues plages d’écriture. Personne ne se lasse jamais, tant l’épuisement du sujet semble, en effet, inépuisable. « La phrase est paysage ; la couleur aussi / elles peuvent devenir le ciel / elles peuvent retomber en enfance », écrit l’auteur qui voit dans la couleur un muscle sans se demander si c’est vraiment une colline ou ce que c’est qu’une colline.
jean-paul gavard-perret
Nicolas Pesquès,La Face Nord de Juliau, Éditions Unes, 2025, 928 p. – 38,00 €.