Nicolas Alquin, Neti neti

Nicolas Alquin, Neti neti

Après deux récits jubilatoires – Plein fer et Noknok (2010 et 2022) -, le sculpteur Nicolas Alquin revient à la taille des mots pour joindre son monde intérieur et ses envolées, ici en Inde là où la sculpture reste consubstantielle à son écriture. Visible et indicible, main et esprit, maîtrise et aléatoire se mêlent dans ce texte.
L’émerveillement aussi, entre le respect de la nature et des retrouvailles archétypiques. Ils restent le principe du voyage. Ici, par exemple, « J’avais entendu le terme de « dentelle de pierre », mais la voir se répandre du bracelet de cheville à la haute coiffure de ce Shiva donne le tournis ». L’auteur ajoute : « Et Shakti, est-ce bien raisonnable de laisser luire ces seins d’ébène dans la pénombre alors qu’elle les a délicieusement enrubannés de perles ? ». Le tailleur prend un sérieux coup au moral mais, artiste européen, il trouve sa grâce et son art en réduisant tout, en digne héritier de Brancusi et de Duchamp.

Il sait, dit-il, « racler » formes et concepts, « jusqu’à l’os ». Et de préciser : « je me taille en quatre pour redonner quelques quartiers de rudesse à la statuaire occidentale ». Lui-même est bouleversé par la beauté ses « Daïkinis moqueuses » jusqu’à oublier la France.
Pour lui, l’Inde est le modèle d’une beauté chaotique mêlée de foules insaisissables, de yogi et chauffeurs intrépides, d’éléphants capricieux et de singes chapardeurs, au sein de temples chargés de ferveur. Quant aux marchés ou bazars, ils restent bondés d’épices et de couleurs où le sacré et le dérisoire se mixent au milieu des divinités hindoues.

Nicolas Alquin n’a pas rédigé un simple journal de voyage, il a pénétré par son expérience intérieure une Inde mystique et triviale qui est devenu dans un tel voyage son miroir par la voie du neti neti – à savoir, ni ceci, ni cela.

Nicolas Alquin,Neti neti ,illustrations de l’auteur, Fata Morgana, Fontfroide le Haut, 2026, 64 p. – 16,00 €.

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