Nick Drake, Le livre des ombres

Nick Drake, Le livre des ombres

Ancêtre de Sherlock Holmes et autres Hercule Poirot, Rahotep est un rationaliste cartésien en avance sur son temps

Après Néfertiti la parfaite, précédent ouvrage du même auteur, voici de nouveau le policier Rahotep quelques années après sa dernière aventure à Amarna, la cité soleil d’Akhenaton. Les souverains hérétiques ne sont plus. Leur fille Ankensenamon, unique survivante des troubles qui ont accompagné la fin de leur règne, est retournée vivre a Thèbes où elle a épousé son demi-frère devenu le roi Toutankhamon.
Mais les troubles réapparaissent avec la résurgence des anciens cultes. Le trône est instable, tiraillé entre le vizir Ay et le général Horemheb. Le premier est au fait de la politique et entend utiliser la faiblesse du jeune roi à son avantage ; le second contrôle l’armée et entend restaurer la grandeur perdue de l’Égypte en la purgeant de ses ennemis à l’extérieur comme à l’intérieur du pays. Les jeunes souverains arriveront-ils à affirmer leur pouvoir et leur trône et à vaincre leurs ennemis ? C
ar même le palais n’est pas sûr, et les crimes de lèse-majesté se multiplient jusque dans les chambres royales. Qui est cet ennemi insidieux tapis dans l’ombre ? Voici ce que Rahotep va devoir découvrir, alors même qu’il se retrouve plongé dans les méandres des intrigues de la cour.

Comme avec Néfertiti quelques années auparavant, la monarchie semble reposer sur ses frêles épaules. À ce même moment, on retrouve à Thèbes les corps affreusement mutilés de plusieurs adolescents. Rahotep, fidèle à ses méthodes, va devoir démêler un a un les fils de cette double enquête. Seraient-elles liées ?
Ancêtre de Sherlock Holmes et autres Hercule Poirot, Rahotep est avant tout un rationaliste cartésien en avance sur son temps. Il va ainsi devoir confronter ses déductions et ses preuves scientifiques aux croyances mystiques populaires, très en vogue à cette époque lointaine (1 324 ans avec notre ère).

Dans une Égypte en crise qui oscille encore entre monothéisme, instauré par Akhenaton, et le retour au plurithéisme, l’auteur situe l’action dans une société quasi avant-gardiste. On y retrouve curieusement des problèmes récurrents de notre époque : drogue, chômage, émeutes, malaise de la jeunesse… Pourtant, nous sommes bel et bien dans en pleine Égypte antique, au temps des pharaons. Tout au long de ces quelques centaines de pages, le lecteur découvre alors l’Égypte au cœur des intrigues d’une cour étrangement écartelée entre passé et modernité.
Au lendemain de la révolution mystique d’Akhenaton, les vieilles croyances ressuscitent à travers le règne de Toutankhamon. Qui était-il et quelle fut sa contribution à l’histoire d’Égypte ? Grâce à Nick Drake, le lecteur découvre la vie de ce roi devenu le plus célèbre de l’histoire suite à la découverte de son tombeau, intact, par Howard Carter en 1922. En cela réside également l’un des principaux intérêts de l’ouvrage, outre la qualité de son écriture et le côté captivant que l’écrivain a su donner à son histoire.

En effet, le lecteur suit les personnages au fil des pages comme il suivrait le cours du Nil. On se laisse volontiers emporter par les intrigues multiples, et on se plonge entièrement au cœur d’une société en pleine évolution, qui suscite toujours autant de fantasmes et de fascination. Le roman donne ainsi une vision de la classe moyenne égyptienne de cette époque, classe sociale moins connue du grand public car souvent moins détaillée, que ce soit au cinéma comme dans la littérature.
D’autant que Toutankhamon lui-même reste un mystère pour les historiens et les égyptologues, tant ce jeune pharaon a régné peu de temps, à une période obscure et sans avoir eu le temps de réaliser de grands chantiers ou de remporter de grandes batailles, qui auraient pu le faire entrer au panthéon des pharaons au même titre que Ramsès II par exemple. Sa mort comme sa vie restent peu connues, du fait notamment de l’absence de traces exploitables de son règne, manuscrits, monuments…
Sans avoir valeur de roman historique, Le livre des ombres ne manque donc pas d’intérêt pour le lecteur novice tout comme le l’égyptophile aguerri.

v. cherrier

   
 

Nick Drake, Le livre des ombres (Traduit de l’anglais par Gérard Meudal),Plon, avril 2009, 420 p. – 19,90 euros.

 
     

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